La lettre des cadres du CHU de Nantes!

Madame la Directrice du CHU de Nantes,
La décision de réorganiser la permanence des cadres soignants et médico-techniques a été le déclencheur de l’expression d’un profond malaise de l’encadrement (le rapport de Singly en a fait le
depuis 2008).
La méthode et les moyens pour la mettre en oeuvre attestent, non seulement d’une erreur stratégique, mais procèdent d’une logique financière de l’hôpital qui nie la réalité vécue au quotidien dans les services.
On retrouve cette posture technocratique dans l’ensemble des réponses que nous avons reçues depuis le début du mouvement de grève de cadres du CHU de Nantes. Aussi, nous souhaitons ici préciser notre position et le sens de notre action.
Nous avons bien compris les enjeux qui sous-tendent le retour à l’équilibre et le projet d’un nouvel hôpital regroupant les deux principaux sites. Nous ne souhaitons ni mettre en difficulté ces projets, ni affaiblir l’institution. Mais nous défendons la qualité d’un service public aujourd’hui menacé et la reconnaissance du travail de ceux qui y contribuent.
L’effectif des personnels, dans les services, ne permet plus de réaliser des plannings réglementaires, ou quand ils sont possibles, les contraintes sont telles que les agents les refusent.
Notre temps est, presque exclusivement, employé à « bricoler » les roulements, gérer les arrêts maladie et rappeler les soignants pour assurer la permanence des soins.
Les agents ne répondent plus aux sollicitations téléphoniques que seule la réglementation réservée au plan blanc leur exige. La seule marge de manoeuvre est aujourd’hui d’imposer au personnel des heures supplémentaires qui, non seulement engendrent une fatigue importante, mais représentent une véritable « bombe à retardement ». C’est bien souvent au moment d’un départ en retraite que nous sommes contraints de les solder sans compensation.
La diminution du nombre de temps partiels ajoute de la rigidité au système. Depuis la mise en oeuvre de la MAPE, la gestion des plannings s’est davantage compliquée avec de graves conséquences sur le management et l’organisation des soins, qui demande une interaction importante avec l’ensemble des acteurs hospitaliers et extrahospitaliers.
Or dans cette relation client/fournisseur, nous constatons que les services de soins doivent généralement se plier à la logique des fournisseurs sans concertation (pharmacie, arsenal, DSIT, PPRS, ateliers, logistique, biomédical, sécurité, les entreprises extérieures…). Nous savons gérer la complexité, cette compétence fait partie de la nature de notre travail. Elle nécessite de la souplesse et surtout une autre logique de gestion: placer la production de soins au centre des organisations et non l’inverse. Pour structurer les organisations et s’approprier la démarche qualité, nous avons vu apparaître des référents hygiène, douleur, des responsables qualité, des cadres de secrétariat… Cela induit des réunions supplémentaires, des comptes-rendus, des suivis de plans d’actions, de la gestion documentaire et représente plus souvent une charge qu’une aide pour les services (le temps nécessaire à faire vivre ces structures n’est pas compté dans la MAPE).
Si les cadres de santé ne sont pas toujours spécialistes, ils savent coordonner et répondre à la demande, encore faut-il leur donner les moyens d’y répondre.
Enfin, la multiplicité des projets dans tous les domaines demande une adaptation permanente du personnel. Les chefs de projet, les directeurs… se succèdent mais pour une organisation opérationnelle pérenne, les personnels ont besoin de stabilité ; ils doivent voir leurs efforts pris en compte et récompensés par l’aboutissement des projets.
Madame la Directrice, vous l’avez bien compris, ce ne sont pas les outils de communication  «com’cadre », le déplacement de la direction dans les pôles et les réunions avec un psychosociologue qui répondront à ces réalités.
Quand les cadres demandent de la reconnaissance, il s’agit avant tout d’obtenir les moyens nécessaires pour satisfaire aux exigences de leur mission. Cette mission de service public, ils ne l’ont jamais perdue de vue : assurer une « production » de soins de qualité répondant aux besoins de la population locale, régionale, tout en respectant les spécialités de chacun. Les audits, missions antérieures, ont déjà révélé un certain nombre de ces réalités, mais n’ont jamais apporté de solutions.
Nous constatons une véritable implosion face à la pression au quotidien : les personnels se démotivent, des hommes et des femmes « craquent » psychologiquement. Nous sommes bien loin de l’épanouissement au travail et nous n’acceptons plus ce gâchis.
A chaque fois que l’encadrement a voulu exprimer ces difficultés à la direction, il s’est vu répondre un discours convenu qui ne laisse aucune place au dialogue, à l’écoute, à la compréhension. Il a même été victime de pressions, de brimades, de représailles qui ont petit à petit usé la confiance et rompu le dialogue.
C’est pourquoi, l’encadrement, fragilisé par les difficultés du travail au quotidien ne veut pas s’exposer davantage et confie sa représentation aux organisations syndicales qui ont bien voulu porter fidèlement leurs revendications (cf. dernière page).
Nous vous informons, par la présente, que les cadres ont décidé de poursuivre leur mouvement de protestation.
Leur charge de travail ne leur permet plus de répondre à toutes les sollicitations et leurs priorités vont se concentrer sur l’organisation des soins directs, en conséquence :
  • Ils ne pourront pas s’engager à participer aux réunions institutionnelles (cellule qualité, réunions de pôle, Île de Nantes, ….) et vous voudrez bien, dans ce cas, excuser leur absence.
  • Tant que les tuteurs de stages ne seront pas formés et que le temps nécessaire à leur activité pédagogique reconnu, ils ne seront plus en mesure d’organiser l’encadrement des étudiants en stage.
  • La base de données GESFORM ne sera plus alimentée.
  • La grève des gardes, des astreintes et des permanences imposera l’assignation des cadres.
Nous vous prions d’agréer Madame nos respectueuses salutations.
REVENDICATIONS DES CADRES SOIGNANTS ET MEDICO-TECHNIQUES
Les réponses apportées ne sont pas négligeables, mais à l’échelle de l’établissement, elles ne suffisent pas :
Le moratoire sur les gardes ne s’accompagne pas d’engagement sur l’avenir (la responsabilité et la charge de travail a bien changé depuis 20 ans)
Les 300 mensualités de remplacement ne suffisent pas pour l’ensemble du CHU
La création d’une équipe de suppléance de 10 postes gérée par un cadre supérieur a été décidée sans concertation avec l’encadrement supérieur des pôles et ne répond absolument pas aux besoins du terrain.
Revendications de l’encadrement :
  • Choix de récupérer les gardes ou être payé en heures supplémentaires.
  • Avoir les moyens de réaliser des plannings réglementaires qui permettent la
    continuité des soins entraînant :

    • Au maximum un week-end sur deux de travail pour le personnel.
    • La gestion des arrêts longs doit être prise en charge par la suppléance de
      plateforme, en prenant en compte la spécificité des services en effectif normé
      (remplacement 1 pour 1 )
  • Ainsi la suppléance de pôle sera entièrement consacrée aux arrêts courts
  • Doit être intégré dans le calcul de l’équipe de suppléance un quota d’heures par
    agent pour absorber les heures de réunions de projets ou de service (transport
    inclus), de réactualisation des connaissances (cours médicaux, ateliers
    hygiène, douleur…) de participation aux différents groupes institutionnels
    (qualité, hygiène, encadrement des stagiaires)
  • De la même manière les formations doivent être compensées à 1 pour 1

1 comment for “La lettre des cadres du CHU de Nantes!

  1. Gardarist
    8 juin 2011 at 23 h 50 min

    Bonjour,
    Je pense effectivement que les cadres hospitaliers sont confrontés désormais à un statut qui n’est plus celui qu’ils avaient choisi. Les cadres doivent participer aux décisions en ayant le devoir d’affronter les objectifs qui leurs sont imposés avec les moyens qui leurs sont alloués. La différence ne peut pas peser ni sur le statut des personnel, ni sur la qualité des soins. Félicitations à ces cadres de Nantes qui montrent l’exemple à suivre. Debout on est respecté. Couché on passe dessus!

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