.Mesurer les facteurs psychosociaux de risque au travail pour les maîtriser

Le rapport du Collège d’expertise sur le suivi des risques psychosociaux au travail, fait suite à la demande du Ministre du travail, de l’emploi et de la santé.
Composition du collège: Philippe Askenazy, Christian Baudelot, Patrick Brochard, Jean-Pierre Brun, Chantal Cases, Philippe Davezies, Bruno Falissard, Duncan Gallie, Michel Gollac, Amanda Griffiths (membre associée), Michel Grignon, Ellen Imbernon, Annette Leclerc, Pascale Molinier, Isabelle Niedhammer, Agnès Parent-Thirion, Daniel Verger, Michel Vézina, Serge Volkoff, Annie Weill-Fassina
Résumé:
La rédaction de ce document a été assurée par Michel Gollac et Marceline Bodier à partir des discussions du Collège et de documents élaborés par différents membres du collège et par les auteurs des revues delittérature
Le souhait, formulé par le Ministre du travail, de disposer, sur les risques psychosociaux, d’un système de suivi, notamment statistique, pertinent et efficace, est très largement partagé. L’intérêt des dirigeants politiques, économiques et syndicaux est pleinement justifié par l’importance des risques psychosociaux au travail en tant qu’enjeu de santé publique.
Le Collège estime pertinent de prendre en considération les risques psychosociaux au travail, entendus comme risques pour la santé mentale, physique et sociale, engendrés par les conditions d’emploi et les facteurs organisationnels et relationnels susceptibles d’interagir avec le fonctionnement mental. La notion est opérationnalisée de manière différente par les différentes disciplines, en fonction de leurs propres concepts et théories.
Le Collège estime pertinente la construction d’un suivi statistique des risques psychosociaux au travail.
Le domaine d’investigation d’un suivi des risques psychosociaux au travail doit comprendre en premier lieu l’environnement organisationnel et sa perception par les personnes au travail. Sa description doit être aussi exhaustive que le permettent les contraintes techniques et économiques. Le passé en termes de risques psychosociaux est également déterminant, ainsi que les incidents douloureux de la 5
carrière et de la vie. La gravité des conséquences de certaines expositions dépend de leur durée. Il est nécessaire de disposer d’une évaluation de la durée, de la répétitivité et de la chronicité des facteurs de risque.

Les facteurs psychosociaux de risque au travail mis en évidence par la littérature scientifique peuvent être regroupés autour de six axes. Ils sont relatifs :

  • 1. à l’intensité du travail et au temps de travail,
  • 2. aux exigences émotionnelles,
  • 3. à une autonomie insuffisante,
  • 4. à la mauvaise qualité des rapports sociaux au travail,
  • 5. aux conflits de valeurs
  • 6. à l’insécurité de la situation de travail.
  • 1 – à l’intensité du travail et au temps de travail,

résumé : La mesure de l’intensité du travail et du temps de travail englobe les notions de « demande psychologique » (opérationnalisée par le questionnaire de Karasek) et « d’effort » (opérationnalisée par le questionnaire de Siegrist). L’intensité et la complexité du travail dépendent des contraintes de rythme, de l’existence d’objectifs irréalistes ou flous, des exigences de polyvalence, des responsabilités, d’éventuelles instructions contradictoires, des interruptions d’activités non préparées et de l’exigence de compétences élevées. Le temps de travail influe sur la santé et le bien-être par sa durée et son organisation.

  • 2 – aux exigences émotionnelles,
Résumé : Les exigences émotionnelles sont liées à la nécessité de maîtriser et façonner ses propres émotions, afin notamment de maîtriser et façonner celles ressenties par les personnes avec qui on interagit lors du travail. Devoir cacher ses émotions est également exigeant.
  • 3 – à une autonomie insuffisante,
Résumé : L’autonomie au travail désigne la possibilité pour le travailleur d’être acteur dans son travail, dans sa participation à la production de richesses et dans la conduite de sa vie professionnelle. Comme la « latitude décisionnelle » du questionnaire de Karasek, elle inclut non seulement les marges de manoeuvre, mais aussi la participation aux décisions ainsi que l’utilisation et le développement des compétences. La notion d’autonomie comprend l’idée de se développer au travail et d’y prendre du plaisir .
  • 4 – à la mauvaise qualité des rapports sociaux au travail,
Résumé : Les rapports sociaux au travail sont les rapports entre travailleurs ainsi que ceux entre le travailleur et l’organisation qui l’emploie. Ces rapports sociaux doivent être examinés en lien avec les concepts d’intégration (au sens sociologique), de justice et de reconnaissance. Ils ont fait l’objet de modélisations partielles, dont les mieux validées sont le « soutien social » (modèle de Karasek et Theorell), « l’équilibre effort-récompense » (modèle de Siegrist) et la « justice organisationnelle ». Les rapports sociaux à prendre en compte comprennent :
  • les relations avec les collègues,
  • les relations avec la hiérarchie,
  • la rémunération
  • les perspectives de carrière
  • l’adéquation de la tâche à la personne,
  • les procédures d’évaluation du travail
  • l’attention portée au bien-être des travailleurs.
Les pathologies des rapports sociaux comme le harcèlement moral, doivent être prises en compte.
  • 5 – aux conflits de valeurs
Résumé : Une souffrance éthique est ressentie par une personne à qui on demande d’agir en opposition avec ses valeurs professionnelles, sociales ou personnelles. Le conflit de valeurs peut venir de ce que le but du travail ou ses effets secondaires heurtent les convictions du travailleur, ou bien du fait qu’il doit travailler d’une façon non conforme à sa conscience professionnelle.
  • 6 – à l’insécurité de la situation de travail.
L’insécurité socio-économique peut provenir :
  • du risque de perdre son l’emploi,
  • du risque de voir baisser le revenu qu’on en tire
  • du risque de ne pas bénéficier d’un déroulement « normal » de sa carrière.
Des conditions de travail non soutenables sont aussi génératrices d’insécurité. Des incertitudes susceptibles de créer une insécurité peuvent aussi porter sur l’avenir du métier ou l’évolution des conditions de travail. De telles craintes peuvent être motivées par l’expérience de changements incessants ou incompréhensibles. Tous ces risques existent aussi bien pour les travailleurs salariés que pour les travailleurs non salariés, bien qu’ils prennent des formes différentes.
Conclusion :
Il n’est pas possible, au vu des connaissances actuelles, de synthétiser l’ensemble des facteurs de risque en un indice unique. La publication de plusieurs indices synthétiques, ayant une unité conceptuelle et un minimum de cohérence statistique, est un compromis intéressant. On peut imaginer construire un indice pour chacun des six axes retenus par le Collège, sous réserve d’une cohérence statistique suffisante.
Ces résultats seraient disponibles à un niveau d’agrégation élevé, par exemple 6 indices. Chacun de ces indices serait décomposé en indices plus détaillés (avec un ou, de préférence, plusieurs niveaux de détail).
.
Commentaire FO-Santé: Ces indications vont être reprise en détail pour les adapter aux établissements hospitaliers. Les 6 dimensions des risques psychosociaux sont tous présents à l’hôpital. Les scientifiques ont réalisé un travail remarquable dont il convient de s’inspirer pour mettre en place les mesures préventives. Il ne s’agit pas d’attendre les conclusions d’enquêtes.
Maintenant que les risques sont identifiés, les syndicats peuvent alerter, négocier et participer aux corrections nécessaires pour un mieux-être au travail.
.
DG
.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *