4- Les « 12 heures » de travail; les agents ont-ils le choix ?

Après avoir relevé quelques exemples, après avoir cité le droit applicable et observé le risque des 12 heures de travail,  le blog veut cette semaine poser son regard sur la nature du choix des agents dans cette organisation.

Partant des constats ci-dessus qui démontrent et l’llégalité de l’organisation du travail en 12 heures quotidiennes et régulières et les risques qui entourent ce rythme de travail, les directions d’établissements hospitaliers agissent soit par la contrainte, soit par la « démocratie participative ».

Par exemple, dans un service du centre hospitalier de Cannes, l’encadrement, relai de la direction, porteur d’un projet d’organisation du travail en 12 heures pour un service, affirmait que 92% des personnels y étaient favorables. Ils avaient obtenu cette information au cours des entretiens d’évaluation. Compte tenu du désaccord manifesté par les représentants du personnel, un vote officiel, nominatif et à bulletin secret, est organisé par tous les syndicats. Sur 80% de votants, 71,43%  ont voté contre, 26,78% pour et 1,79% ne se sont pas prononcés. Le résultat efface le doute dans cet établissement. L’expertise menée par le cabinet TECHNOLOGIA dans cet établissement recommande que « les agents placés sur une durée quotidienne de travail en 12 heures devront obligatoirement être du personnel volontaire pour cette organisation particulière ». Ces experts n’observent pas l’opportunité que représente les « 12 heures » pour les agents.

Ils ne prennent en compte que sur le risque pour la santé des agents.

Le tabac tue, mais des gens fument ! L’alcool au volant tue, mais des gens continuent de boire et de conduire.  Une carrière de nuit favorise le cancer du sein chez les femmes, mais des femmes travaillent de nuit. etc., etc. Il n’est pas question de juger, mais d’apprécier le risque pour informer chacun. Ensuite l’agent décide en toute connaissance de cause, lorsqu’il peut décider car là se pose le problème de la liberté du choix.

Ainsi et sous couvert d’une expression majoritaire incontestable, si la majorité d’une équipe est favorable aux 12 heures, ceux qui y sont opposés n’ont plus le choix ! Ils sont contraints de se plier à ce mode d’organisation de leur journée de travail, car l’organisation en 12 heures supporte mal le mélange de différentes amplitudes pour une même équipe.

Il faut comprendre, comme nous l’avons vu,  que le travail en 12 heures par jour est une façon d’échapper aux mauvaises conditions de travail à l’hôpital. « Moins ont y est, mieux on se porte! » C’est en totale contradiction avec les sondages qui démontrent que 97% des soignants aiment leur métier. Des plannings réguliers préservant la vie familiale et la qualité du travail ne conduiraient pas à cet évitement. Les agents  expriment donc davantage une fuite du service pour limiter le nombre de jours de présence plutôt qu’une adhésion à cette forme d’organisation.

Dans les commentaires et les courriels que nous avons reçus, nous enregistrons des infirmiers qui menacent de démissionner si le travail n’est pas organisé en 12 heures.

Pourtant, partout où les 12 heures se sont mises en place on observe un taux de fuite des soignants deux fois plus importants qu’ailleurs. En fait ceux qui sont contre s’en vont ! (lorsqu’ils peuvent). La pénurie du personnel infirmier permet ce choix, mais qu’en est-il pour les aides soignantes et les ASHQ qui sont contraintes ?

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Les premiers constats font apparaître que les agents contraints sont davantage en arrêt maladie que les autres. Leurs absences désorganisent le travail et « pèsent » sur ceux qui restent pour réaliser le travail. Remplacer un agent qui travaille en douze heures n’est pas une chose facile surtout lorsqu’il n’y a pas de pool de remplaçants.  Une journée d’absence de 12 heures est l’équivalent quasiment de deux jours de travail normal. Les agents doivent décaler leurs repos, accumuler les jours au-delà du raisonnable et la vie familiale se retrouve à nouveau désorganisée. En fait, les mauvaises conditions de l’organisation du travail qui ont conduit les volontaires à préférer les 12 heures, se retrouvent, mais en pire. C’est pourquoi nous estimons que le respect de la règlementation négociée entre les syndicats et les employeurs publics ou privés est encore la meilleure garantie pour les moins mauvaises conditions de travail.

Enfin il est un aspect qui n’est pas négligeable et qui fonde la reflexion de FO-santé : L’équipe ! Quelles sont les conséquences des 12 heures sur le collectif de travail ? L’esprit d’équipe est fondamental et à l’hôpital plus qu’ailleurs. Or, lorsqu’un individu raisonne en dehors de toute considéèration collective, c’est-à-dire quitte l’objet même du travail hospitalier, alors il sort de l’équipe. L’esprit d’équipe repose sur la volonté des « plus forts » à veiller sur les « plus faibles » pour que le travail avance au même rythme.

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Lorsque le choix des 12 heures se pose, il y a ceux qui peuvent suivre, généralement les plus jeunes, et ceux qui ne pourront pas suivre. Est-ce un choix individuel ? Un raisonnement collectif ? Une génération contre l’autre ? Est-ce une question de risques professionnels ? de droit ?

Encore des choix qui doivent reposer sur un collectif de travail.

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DG

 autres articles sur le sujet:

http://fo-sante.org/2011/07/3-les-12-heures-de-travail-sont-elles-dangereuses/

http://fo-sante.org/2011/07/2-les-12-heures-de-travail-le-droit-applicable/

http://fo-sante.org/2011/07/1-travail-en-12-heures-quelques-exemples/

http://fo-sante.org/2011/08/petite-bafouille-sur-les-12-heures-pour-le-blog/

1 comment for “4- Les « 12 heures » de travail; les agents ont-ils le choix ?

  1. Widmer Florence
    3 octobre 2011 at 14 h 00 min

    l’Institut Gustave Roussy, centre de lutte contre le cancer, établissement privé (convention collective) mais à but non lucratif a de plus en plus de services et d’infirmières qui travaillent en 12 heures. C’est en grande majorité le personnel qui est demandeur. Les OS (FO et CGT) freinent au maximum. Mais dans le privé, pour travailler à l’extérieur, aucune autorisation à demander !! ce qui signifie que les jeunes qui le peuvent font des nuits (ou autres) dans d’autres hôpitaux !! C’est donc bien un problème de salaire qui n’est pas suffisant si elles préfèrent travailler en 12 h pour pouvoir faire encore plus !! A ce rythme, elles ne tiennent jamais longtemps et elles ne vieillissent pas dans la profession. Florence Widmer

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