EHPAD de détresse !

Laver vingt « mamies» à l’heure ! Qui dit mieux ?

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C’est le plus souvent dans les Etablissements Hébergeant des Personnes Agées Dépendantes (EHPAD) que la situation se produit. Quarante résidents par étage, « papis », « mamies », qui logent dans des structures plus ou moins médicalisées.

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Entourés de professionnels, aides-soignantes pour la plupart, ils coulent des jours paisibles jusqu’au dernier. Si dans les pays du nord de l’Europe on compte un agent pour un résident, en France, ces moyens sont inférieurs de moitié pour un travail identique. Seul le résultat diffère. C’est ainsi qu’il devient courant d’imposer des cadences de travail qui dépassent l’entendement.

Normalement les aides-soignantes apprennent durant leur scolarité qu’il faut environ 20 minutes pour réaliser une toilette à une personne dépendante et plus de 40 minutes pour certaines autres pathologies. Or, lorsqu’elles se retrouvent à deux pour quarante personnes et que les toilettes doivent s’effectuer entre 9 heures et 11 heures elles adoptent un rythme de « vingt mamies à l’heure ».

Seule, l’aide-soignante aura 6 minutes par personne.

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Il faut donc faire appel aux Agents des Services Hospitaliers Qualifiés. Les ASHQ sont chargés d’entretenir les locaux. Réglementairement, ils ne sont pas autorisés à faire une toilette. Mais ils coûtent moins chers qu’une aide-soignante. Alors les directions n’hésitent pas à transgresser la Loi.

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Nous avons rencontré Arnaud Pionner qui est responsable départemental de FO santé et qui connaît bien les EHPAD de son département de l’Eure et Loire. Il témoigne : « Un chômeur de longue durée peut se retrouver du jour au lendemain en train de faire une toilette à un résident. Il est envoyé par « pole emploi » pour exercer l’entretien des locaux et se retrouve à la toilette des personnes âgées». Qu’importe les compétences ! « Un nouveau recruté ne sachant pas compter et n’osant pas le dire à ses collègues, devait donner 100 gouttes de médicament à un résident. »

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Cette situation fait réagir d’abord les professionnels qui sont confrontés à l’éthique de leur métier et à la famille qui a toutes les raisons de se plaindre. Ensuite, les syndicats qui dénoncent ces faits aux plus hautes autorités.

Les réponses sont désespérantes : « Mesdames et Messieurs, s’ils étaient chez eux, croyez- vous qu’ils se laveraient tous les jours ? » ; « C’est un problème d’organisation », « les personnes âgées n’ont pas de douche chez eux, ils sont habitué », « la douche leur rappelle la guerre». Un directeur de DDASS répond au syndicat : « nous préconisons une douche tous les 13 jours » etc., etc.

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Les cadres qui sont chargés de l’organisation des services ne possèdent plus les réponses. Ils deviennent des spectateurs impuissants à la souffrance du personnel. (même si certains en ajoutent encore !)

Arnaud Pionner nous raconte des plannings de fou ! « 21 jours de travail sans un jour de repos pour une infirmière à l’EHPAD de Pontgouin en 2005 faute d’infirmière de remplacement, 6 repos hebdomadaire fractionnés sur 4 semaines en été 2011 à l’EHPAD de Chartres, des cadres venant au domicile des agents les supplier de revenir travailler afin de pouvoir finaliser les plannings »

Il a relevé des paroles d’agents : « On ne lave plus des corps, mais simplement des peaux », « C’est l’abattage ce matin ; à l’usine on fabrique des boulons, mais nous on a des êtres humains à s’occuper », « En 2 mois, Mr …. ne savait même plus éplucher une pomme, rien n’est fait pour garder l’autonomie des résidents », etc., etc.

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Les témoignages sont troublants et lorsqu’on apprend qu’ici ou là un agent a fait preuve de maltraitance, les autorités se lavent de toute responsabilité et dénoncent les coupables qui sont forcément les personnels.

Ce fut le cas à l’EHPAD de Maintenon. « Un agent de service était seul avec 6 personnels intérimaires en plein été, cet agent a été convoqué devant un conseil de discipline pour fait de maltraitance »

« A Chartres, les repas sont servis à 17h30, un agent pour 30 résidents que l’on doit faire manger à la petite cuillère et ensuite faire la vaisselle, les mettre au lit, changer la couche, et à 20h30 tout doit être fini, soit 6 minutes par résident ! »

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Cette situation de travail devient insupportable et lorsqu’elle est dénoncée au plus haut niveau, les yeux, qui sont engoncés dans les orbites de l’autorité, se baissent à peine.

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Arnaud Pionner, ce militant FO, nous communique les résultats d’une enquête réalisée dans les EHPAD d’Eure et Loire où il est noté que des emplois budgétés pour des aides-soignants sont occupés par des agents de service. Le plus dramatique nous dit-il, « c’est le recrutement impressionnant de contrat précaire (CAE). Par exemple, à l’EPHAD de Cloyes-sur-le Loir en 2007 il y avait 1/3 de ses effectifs en contrat précaire. »

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Une société qui ne respecte pas ses anciens n’est pas digne. Les plus en colère ne peuvent que souhaiter le même sort à ceux qui, aujourd’hui confortablement installés dans des fauteuils dont ils se disputent la qualité, seront confrontés aux faiblesses d’un corps qui sera plongé dans l’indignité.

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Ceux qui pensent que la dépendance doit reposer sur la solidarité, sur la dignité, sur l’accompagnement chaleureux d’une main qui se tend ou d’un sourire qui réconforte, ceux-là veulent changer ce logiciel libéral mondialisé : la main tendue et le sourire ne sont pas « facturables »[1] !

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DG

 Cet article en pdf: cliquez ici

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[1] Mot utilisé par les gestionnaires hospitaliers dans le cadre de la tarification à l’activité.

9 comments for “EHPAD de détresse !

  1. Graziella
    2 janvier 2017 at 18 h 32 min

    Pour faire court, c’est très bien ces blogs et sites de partages mais est-ce que ça fait avancer l’affaire ?
    Aide-soignante depuis 20 ans, J’ai moi aussi pété un câble… Du coup je suis de nouveau sur la touche en quête d’un poste de nuit car je ne suis plus la cadence de jour : prise en charge bâclée, maltraitance silencieuse, considération à Zéro, bref… le bagne !!!
    Donc j’ai travaillé pendant 12 ans de nuit et voilà que aujourd’hui une cadre IDE m’appelle pour me proposer un poste de nuit. Je me méfie maintenant !!!
    Description du poste en EHPAD public dépendant de la mairie de La Valette du Var : prise en charge de nuit, 1 AS pour 100 lits dont le service Alzheimer et éventuellement aidée par une ASH (bien sûr) mais seulement pour quelques résidents trop lourds à mobiliser (combien ? je ne sais pas), de 20h30 à 7h30 avec soit disant une pause de X minutes).
    Là je re-pète un plomb. A Aubagne, nous étions 2 AS pour 100 lits et c’était déjà très lourd. Chez les Alzheimer, nous retrouvions les PA noyés dans leurs matières et souvent mangées. Il nous fallait leur donner la douche ou laver au lit + réfection, change total parfois avec des vêtements de jour car plus de linge de nuit.
    Il faut aussi savoir que en EHPAD public (celui-là) il y a des soucis de reprise d’ancienneté, de congés payés non payés puisque ça ne fait pas assez longtemps que nous sommes dans la boite, des complications d’administration et donc de retard et j’en passe….
    Elle est belle la vocation !!!!
    100 lits toute seule avec l’ASH qui va me dire : non je ne peux pas t’aider plus que ça parce que j’ai mon job à finir !
    Non, mais OU ON VA ?!?!?
    Là je dis NON, je ne peux plus, je n’en peux plus, J’arrête.

  2. Franck
    30 novembre 2016 at 15 h 29 min

    NEUF minutes ! Cette maltraitance qui nous entoure…

    Comment peut-on continuer à tolérer ce qui, de près ou de loin, s’apparente pour moi à une sorte de barbarie moderne : la « maltraitance institutionnelle ». Cette expression fait froid dans le dos, c’est intolérable, alors qu’il y a suffisamment de demandeurs d’emploi pour venir renforcer les équipes en place. Reste à savoir à quoi sert un EHPAD : s’occuper des Anciens ou rémunérer des actionnaires ?

    Ne serait-il pas temps, voire urgent, de sensibiliser l’opinion publique ? Les gens placent leurs parents dans des EHPAD et ne paient pas des sommes inavouables pour qu’ils soient maltraités. Dans les EHPAD, les équipes sont réduites au minimum (in)supportable, ce qui conduit à ce qu’on ose appeler « maltraitance institutionnelle ». Vous tapez le terme dans G… et vous trouverez immédiatement les documents nécessaires à une compréhension rapide. Neuf minutes, c’est le temps maximum accordé aux soignants pour une toilette… d’une Personne Agée Dépendante !

    Il EST temps que le personnel des EHPAD, AS et infirmières, se mobilisent pour que tout le monde sache comment sont traités nos parents. C’est indigne d’une société dite civilisée.

  3. denis
    25 novembre 2016 at 11 h 23 min

    bonjour,
    je suis tout à fait d’accord avec tout ce qui est dit, mais j’aimerais rajouter autre chose.En effet pour la directions,les priorités ont changées. On privilégie les sorties, plutôt que de remplacer des arrêts. C’est sûr c’est plus important que deux résidents aillent voire les décorations de Noël, alors que dans une autre allée, le même jours, des résidents vont restés au lit, ou alors la prises en soins va être succinctes, dû à un arrêt travail non remplacé. Où sont les priorités : une belle photo dans le journal, ou une bonne prise en soins des résidents.

  4. Bervas
    13 novembre 2016 at 14 h 29 min

    Bonjour, Madame, Monsieur,
    Je vous propose ma candidature spontanée car je souhaite travailler en maisons de retraite ou hôpitaux et m’occuper de personnes âgées que j’estime énormément, j’ai beaucoup de sympathie pour ces personnes : faire la toilette, les faire manger pour ceux qui ne peuvent pas le faire tout seul.
    Je possède un bon relationnel, je suis dynamique, à l’écoute et organisée dans mon travail.
    Ayant une grande motivation, je donnerai le meilleur de moi-même afin de vous satisfaire.
    Je suis libre immédiatement et me tiens à votre entière disposition pour toute information complémentaire et entretien téléphonique.
    Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes respectueuses salutations.

    • Franck
      30 novembre 2016 at 15 h 18 min

      Mes excuses, je vais briser votre rêve…

      Vous allez vite déchanter ! Vous n’aurez pas les moyens de votre politique, vous ferez de l’abattage chronométré comme tout le monde, avant de soit péter un plomb, soit partir ! Lisez les fiches de poste et es temps impartis à chaque tâche, ensuite voyez si ça vous intéresse encore… Sinon, ouvrez une maison de retraite à taille humaine (20 à 25 lits maxi), pas une usine à vieux.

      Cordialement.

  5. 24 septembre 2011 at 22 h 09 min

    Bonjour
    Parler des cadences infernales auquelles les soignants sont confronter n’interresse plus personne. Mais lorsque les medias s’emparent d’une affaire de maltraitance c’est toujours ceux en bas de l’echelle qui trinquent! Deux recentes affaires assez similaires nous rappellent que les conditions de la maltraitance sont reunies
    Personnel en sous nombre, deux employés pour plus de 100 résidents , bien souvent la nuit ou l’équipe se réduit a un aide soignant diplomé et un agent de service, seul et abandoné a une responsabilité importante. Les employés on craqué devant la pression et la surcharge de travail.
    Cordialement

  6. bleuzenn
    3 septembre 2011 at 9 h 59 min

    Bonjour, je suis aide-soignante en ehpad depuis maintenant 7 ans. Au départ, j’ai commencé en foyer logement, les locaux étaient vétustes mais l’ambiance était familiale et l’objectif était le maintien de l’autonomie.Aujourd’hui cela a beaucoup changé, il faut être rentable, aller plus vite, être polyvalent, travailler avec du personnel non formé et sous payé (comme les CAE),et on nous demande encore d’être disponible. On ne se sent pas soutenu par la direction qui nous rabache qu’ils n’ont pas de budget. En attendant , c’est le personnel et surtout les résidents qui trinquent.L’été est une période particulièrement difficile car il faut travailler avec du personnel non formé qui n’ont pas forcément la motivation.
    A ce jour, nous sommes 4 personnes du matin ( pas forcément des aides soignantes, il y a plus d’ASHQ, même si elles font le même travail que nous, elles sont moins payées): nous devons effectuer 40 toilettes et les résidents ont droit à une douche par semaine.Nous commençons les toilettes à 7h30 et finissons à 12h30 sans faire les douches.Et on trouve ça normal? La seule réponse qu’on nous donne c’est qu’il n’y a pas de budget!Mais nous qu’est ce que nous devons répondre aux résidents!Le personnel est en souffrance mais nous n’avons aucun interlocuteur.La direction est un mur de silence!Nous devons nous débrouiller avec ce qu’on nous donne et surtout se taire!Mais jusqu’où irons nous comme ça? Un jour la corde va casser et l’avenir nous paraît sombre!

  7. champrenault
    30 août 2011 at 11 h 23 min

    j’ai la nette impression que la gestion des PA s’est péniblement aggravée au cours des années,

    J’ai travaillé en qualité d’ASH durant deux mois dans une maison de retraite dite privée et déjà à cette époque ce que l’on pouvait y voir ne donnait pas envie de finir nos jours là-bas ….

    Le travail en maison de retraite, le travail auprès d’une personne âgée doit être avant tout une VOCATION et non une solution afin de combler un chomâge car :

    – gens inexpérimentés

    – gens non formés

    – gens affublées des tâches des plus ingrates que les infirmières ne veulent plus faire,

    Je suis et reste persuadée que le meilleur pour la personne âgée est le maintien au domicile avec une personne habilitée à s’en occuper de A à Z.

    Il faut des formations, il faut que chacun dans une institution garde en mémoire la VOCATION et non d’accepter de laver tant de personnes en une dizaine de minutes, de les lever à peine réveillé pour les doucher, les langer et les remettre dans leurs fauteuils,

    Ce n’est pas de l’humanité …

    Il n’y a qu’une chose que je peux dire l’ayant vécu avec ma grand-mère c’est le respect et l’humanité infiniment respectable en fin de vie …

    Mais doit on devenir professionnel , humain, humaine quand les derniers jours arrivent ?

    Formation plus plus plus …

    Sélectionner un personnel de qualité au prix que les familles dépensent pour leurs personnes,

    Est il normal qu’une famille doive payer plus de 2000 euros et faire appel en privé à des personnes pour leur donner leurs repas ? Faute de personnel ? faute de temps ?
    C’est un grand sujet ….Vaste , méritant de s’impliquer, c’est une de mes blessures aussi, d’avoir pu constater la dégradation de ma personne dans cette maudite maison de retraite …

    bonne lecture

  8. vatier cyril
    28 août 2011 at 20 h 06 min

    Bravo, une fois de plus la réalité du terrain parle encore, les gels des crédits auxquels nous sommes soumis depuis deux ans par le conseil général , justifiés par manque de moyens,les exigences elles évoluent à la hausse ( concurrence oblige); résultats: ceux sont les salariés qui trinquent. Merci mr Arnaud Pionnier de nous apporter ces témoignages éloquents, les médias préferant évoquer les dysfonctionnements ou les conséquences pour les malades.Enfin la vérité dévoilée;

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