L’absentéisme à la mode hospitalière !

Imaginez qu’à la minute où le diagnostic d’un patient est posé par le médecin, la facture est prête à l’expédition. Le diagnostic déclenche automatiquement une durée d’hospitalisation, des observations, des soins, une chambre à entretenir, un lit à refaire, une présence minutée de personnels, des repas, des kilowatts, des litres d’eau, des kilos de linge à laver, etc.… En une seconde, en tapant un code sur un clavier, la facture tombe. C’est le progrès. C’est ainsi que le gestionnaire tri entre les malades rentables, principalement orientés vers les cliniques commerciales, et les moins rentables qui se présentent aux portes de l’hôpital. (Sous le regard inquiet du médecin gestionnaire qui pense en les voyant qu’ils vont exploser le montant des dépenses autorisées pour son service.)

 

Ce sont par ces calculs savamment orchestrés que la tarification à l’activité (T2A) consacre où massacre la qualité, des soins. A bons compteurs salut !

Il en est tout autrement lorsqu’il s’agit de fournir des outils d’observation pour apprécier la qualité de ce travail, ou bien encore la qualité des conditions de travail des personnels hospitaliers. C’est sur ce dernier point que la Commission spécialisée du Conseil supérieur de la Fonction Publique Hospitalière[1] a planché le 14 juin.

Combien d’agents hospitaliers sont absents de leur poste de travail ? Quel est le taux d’absentéisme ? Est-il en évolution ?

A toutes ces questions, le ministère de la santé est incapable de répondre avec précision. Il y arrivera d’autant moins que, si les données étaient antérieurement traitées par un prestataire de service, ce sont désormais les agents du ministère (de moins en moins nombreux) qui doivent collecter les renseignements directement auprès des 2 000 établissements hospitaliers. Pour cela, ils ont une gomme et un crayon, une ramette de papier par an, …  !

Alors, les chiffres présentés à cette commission sont à la hauteur des moyens mis à disposition pour les fournir.

Des données aberrantes !

Des établissements répondent à une enquête, mais aucun n’a les mêmes bases pour compter et y répondre et selon les propres écrits du ministère  « 30% d’entre eux ont rendu des données aberrantes »

Les agents sont de plus en plus malades, mais la modification du calcul du taux d’absentéisme permet au ministère d’afficher une baisse.

Ainsi, et selon le ministère de la santé, le taux moyen d’absentéisme pour les établissements hospitaliers serait de 6,2%. ( ?)

C’est de moitié inférieur au taux observé par la 10ème édition de l’étude « Analyse et Conjoncture », publiée par Dexia Sofcah.[2]

Selon cette société d’assurances, les principaux indicateurs d’absentéisme pour raison de santé ont fortement progressé en 2009 dans les établissements hospitaliers. Ils varient, en effet, entre 9,4 % et 13 % et selon la taille de l’établissement.

Il est vrai que le ministère calcule le taux sur la base de 365 jours par an alors que les autres observateurs calculent ce taux sur 220 jours prévisibles de travail.

Depuis 2007, la gravité des arrêts (durée) a progressé de 9%, leur fréquence (nombre d’arrêts pour 100 agents) de 12% et l’exposition (proportion d’agents absents) de 7%.

La maladie ordinaire concentre la majorité des évènements (92%) et continue sa progression. Après une certaine stabilité, la gravité des absences en longue maladie/longue durée repart à la hausse.

Ne rien observer pour rester immobile !

Après cela on nous demande notre avis ! Il faut observer pour comprendre et comprendre pour agir. Pour le moment le ministère ne peut pas observer, donc il ne peut pas comprendre et donc il ne peut pas agir !

Devant nos protestations, bien comprises de nos interlocuteurs, l’engagement a été pris de travailler à l’uniformisation des données pour l’ensemble des établissements hospitaliers afin que la santé au travail puisse être observée. C’est une question essentielle à l’amélioration des conditions de travail des hospitaliers.

Nous ne manquerons pas de relayer cet engagement auprès de la nouvelle ministre qui doit mettre en place un vrai changement !

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DG


[1]La Commission Hygiène Sécurité et Condition de Travail du Conseil Supérieur dela Fonction Publique Hospitalière comprend les représentants du ministère, des établissements hospitaliers (FHF) et des syndicats représentants les personnels proportionnellement aux résultats des élections professionnelles.

[2] Ces résultats sont issus des dernières études publiées chaque année par Dexia Sofcah : Analyse et Conjoncture et Enjeux Budgétaires qui dressent un état des lieux de l’absentéisme pour raison de santé et de ses impacts financiers dans la Fonction publique hospitalière. Les études se basent sur un échantillon de 123 000 agents affiliés CNRACL répartis dans 1 000 établissements et portent sur l’ensemble des arrêts de travail déclarés en 2009.

le communiqué de presse de dexia-sofaxis

 

 

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