Les conditions du bon travail.

 

Les conditions de travail :

Sous ces quelques mots se cache un monde qui occupe tout le temps qui s’écoule entre le moment où la clé tourne à droite dans la serrure pour sortir de chez soi et celui où elle tourne dans l’autre sens pour y rentrer. Cette définition des conditions de travail n’est plus suffisante !  Le salarié passionné, responsable, accroc au travail, oppressé ou exploité, n’arrive plus à fermer le travail lorsqu’il ouvre sa porte. Le travail est devenu tentaculaire. Le téléphone portable ou filaire, le courriel, vient trop souvent fissurer le repos bien mérité pour annoncer un changement de l’organisation du travail et donc un chambardement de la vie familiale.

 

Ainsi, les conditions de travail ne se limitent plus à la clôture de l’entreprise ou de l’hôpital. Elles sont le support physique, intellectuel et psychique qui se meut dans un espace aussi virtuel que la conscience des hommes. Une infirmière qui vient de fermer les yeux d’un enfant, d’un jeune ou d’un moins jeune, ne peut oublier son geste en passant la porte de son service. L’empreinte des mots et des gestes est indélébile et si le masque de la bonne humeur vient bercer la famille et les amis, la mémoire inconsciente taraude la personnalité durable.

Les travailleurs ne sont pas des clones au service d’autres clones. Le travail n’est pas le simple résultat de l’application d’un protocole ou d’un référentiel, mais la somme des actes, des gestes, des mots qui donnent du sens, de l’utilité et qui trouvent leur récompense dans le salaire. Ces actes, ces gestes et ces mots sont l’œuvre des seuls travailleurs. De part leur expérience, leur qualification et donc leur compétence ils sont les experts des besoins du travail et des bonnes conditions de son exécution.

 

Le travail a donc du sens ! Et c’est lorsqu’il en est vidé que les conditions de son exercice se détériorent.

Illustrons ce propos par l’exemple.

Une des conditions qui autorise le travail de bonne qualité est la parfaite superposition des objectifs attendus et des moyens nécessaires à sa réalisation. Par objectif on entend le résultat du travail. Par moyens on comprend, entre autres éléments, le temps nécessaire pour atteindre le résultat. Ce temps déterminera le nombre d’agents.

Ainsi, pour réaliser la toilette complète du malade dans un service d’oncologie, l’infirmière, ou l’aide soignante, utilise quarante minutes de son temps en moyenne. (20 minutes dans un autre service). Cet espace de temps, occupé par des gestes, des actes et des mots, porte le contenu du travail qui fait sens. Lorsque l’objectif de cette toilette n’est alimenté que par une dizaine de minutes de temps, des gestes, des actes et des paroles sont écartés et le travail perd de son sens. Il est bâclé ! Ce mode d’organisation, courant à l’hôpital, prend le nom de « procédure dégradée ». Le travail devient une contrainte et le travailleur (acteur du travail) n’y trouve plus de sens.

 

S’il ne rencontre pas le syndicat pour améliorer les conditions du travail ou augmenter sa récompense, il est alors écartelé entre :

  • l’impossible colère, (révolte contre le travail bâclé),
  • la dépression (impossibilité d’abandonner son éthique) ou
  • le « je-m’en-foutisme » (refuge entre la dépression et la sanction)

(il est donc préférable d’aller voir le syndicat !)

 

Cette situation peut trouver son illustration dans tous les services de l’hôpital, des cuisines à la blanchisserie en passant par l’administration ou le service de rééducation, sans oublier le secteur de l’imagerie médicale, de la pharmacie ou bien encore celui de l’analyse ou des services sociaux, sans écarter celle des donneurs d’ordres qui sont directeurs, cadres ou contremaitres.

Le contenu du travail détermine le temps,  et le temps détermine les effectifs.

Or, aujourd’hui, les effectifs mis à la disposition du travail, sont établis par de savants calculs qui découlent des moyens accordés et qui n’ont aucun rapport avec l’essence même du travail. Les cadres,  qui sont les interfaces entre les exigences du travail et les contraintes de moyens,  n’ont malheureusement plus de réponse. Le travail devient source de maux insurmontables qui se cachent sous le vocable de « risques psychosociaux » écartant ainsi toute remise en cause de l’organisation du travail et des moyens qui lui sont accordés pour s’accomplir.

 

Si le travail ne détermine plus la hauteur des moyens qui lui sont nécessaires pour embrasser la qualité, il n’est pas nécessaire de chercher ailleurs les causes de ses maux !

DG

(article paru dans le journal « L’humanité » du 5 novembre 2012) 

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