Surprenant glissement culinaire !

Une glissade d’espace-temps

Jean : – Dit Denis, j’aimerais ton avis car j’ai un agent qui a un problème.

Il travaille à la cuisine de l’établissement et de temps en temps il conduit le véhicule de livraison des repas. Il a été malade et à sa reprise il est passé à la médecine du travail. Le médecin du travail l’a reconnu apte à ses fonctions sous réserve de ne pas conduire de véhicule pendant deux mois.

Ce matin le DRH a débarqué dans la cuisine pour lui dire qu’il ne le reconnaissait pas apte pour travailler et qu’il le plaçait en congé de maladie en application de l’article 14 du décret d’octobre 1988 !

Est-ce qu’il a le droit ?

Denis : – C’est une blague ? T’en a d’autres des comme ça ?

Jean : – Non je t’assure, c’était ce matin, l’agent a dû quitter son service et rentrer chez-lui. Il ne comprend pas car il peut travailler et en plus c’est un service où il manque des agents.

Denis : – L’article 14 du décret de 1988[1] précise que, « Sous réserve des dispositions de l’article 15 ci-dessous, en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions, le fonctionnaire hospitalier est de droit placé en congé de maladie. »

Ensuite l’article 15 qui suit indique: « pour obtenir un congé de maladie le fonctionnaire doit faire parvenir à l’autorité administrative un certificat émanant d’un médecin, d’un chirurgien-dentiste ou d’une sage-femme. » Ton DRH n’est ni médecin, ni chirurgien, ni sage-femme et donc, il est en train d’exercer illégalement la médecine !

Jean : – OK sur ce point. Mais il est noté sur sa fiche de poste que l’agent doit participer au transport des repas et conduire le véhicule.

Denis : – Peut-être, mais même s’il était exclusivement conducteur, ce qui n’est pas le cas, « lorsqu’un fonctionnaire n’est plus en mesure d’exercer ses fonctions, de façon temporaire ou définitive, et lorsque les nécessités du service ne permettent pas d’aménager ses conditions de travail, l’employeur peut l’affecter sur un autre emploi relevant de son grade, dans lequel les conditions de travail sont adaptées à son état physique et lui permettent d’assurer les fonctions correspondant à ce nouvel emploi. » Là ce n’est pas un décret, c’est la Loi ! [2] Le DRH n’a même pas pris le temps de regarder, ni son travail, ni son état de santé, et donc les possibilités d’adapter le travail à son état de santé. Le DRH a donc manqué à ses obligations !

Mais au fait quel est son grade à ce cuisinier ?

Jean : – Il est ASHQ ! [3]

Denis:  ASHQ ? C’est une blague ?

Jean : Non, non, il est en face de moi ! Il a été embauché comme ça depuis 4 ans !

 DG


[1] Décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d’aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière.

[3] Les Agents des Services Hospitaliers Qualifié –ASHQ- sont chargés de l’entretien et de l’hygiène des locaux de soins et participent aux tâches permettant d’assurer le confort des malades.

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2 comments for “Surprenant glissement culinaire !

  1. Christophe
    26 novembre 2012 at 23 h 31 min

    Encore un bel exemple de la « vraie vie » à l »hôpital.

  2. P.M.
    26 novembre 2012 at 19 h 21 min

    Merci Denis.
    Des faits, des exemples précis qui montrent que les fonctionnaires hospitaliers ne sont pas des privilégiés comme je l’ entends trop souvent dans beaucoup trop de média!

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