La déprime des personnels administratifs hospitaliers

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La rubrique de Laurent Chabert

Administratus Deprimatum !

Une fenêtre, un radiateur, une chaise, une table, un écran LHD (Loin de la Haute Définition) trop petit, deux placards des années trente, six mètres carrés pour accueillir tout ce mobilier et assurer un minimum de circulation pourvu que l’on ne soit ni trop gros, ni bloqué du dos… Non, ce n’est pas une chambre de bonne d’un étudiant devant se saigner pour se loger à Paris, mais le local mis à ma disposition par l’administration hospitalière pour mener à bien ma mission.

L’avantage par rapport à un étudiant parisien, c’est que je ne dois pas encore faire un chèque en début de mois pour occuper le local. Par contre, contrairement à un étudiant, je n’ai jamais essayé d’organiser une course de chaises de bureaux dans le couloir !  La trouille de demander au Directeur de chronométrer l’épreuve, ou la peur de voir le boss participer, auquel cas, je ne doute pas un instant que de nombreux collègues prendraient soin de le laisser prendre quelques mètres d’avance. La nature humaine est ainsi faite… Ne pas s’exposer, espérer que jouer les dupes et l’agneau bien dressé apportera un jour une reconnaissance de la part de l’Administration. C’est beau de rêver…

Un personnel étouffé !

Les conditions matérielles, c’est assez secondaire finalement. La hiérarchie a toujours raison, c’est bien connu, mais de la situation de l’agneau, l’évolution est rapide vers la chèvre où tout ordre est exécuté sans la moindre réflexion et sans en chercher la finalité. Avec ce comportement, il est difficile de voir émerger de réels talents dans les nouvelles recrues.  Tout est fait pour couper les ailes et enserrer dans un moule un produit fini, unique, enrobé d’un beau discours con-sen-su-el.

                                                                                                                   

Chers collègues administratifs, techniques, logistiques,

 je te plains, tu n’es pas majoritaire dans le monde de la production de soins. L’esprit de corps est peu développé ! Sans doute à cause d’une masse critique insuffisante et d’un éparpillement aux quatre coins des usines à soins, là où il y a un peu de place pour en caser « quelques uns », sans grande logique opérationnelle. La réalité est là, ce sont des grades mal aimés, mal considérés, pas toujours bien équipés, pas forcement bien payés. Alors oui, il y a bien un avantage, des horaires plutôt fixes, sauf pour les astreintes techniques. Mais la reconnaissance professionnelle se fait attendre.

Compétences inexploitées !

Pour une fonction publique efficace, encore faudrait-il disposer de managers efficaces faisant preuve d’un minimum de vision, de stratégie. Que l’on arrête de dire que les fonctionnaires administratifs ne sont pas capables de se remettre en cause. Il faudrait avant tout faire preuve d’ambition. N’importe quel agent possède d’innombrables autres compétences que celles utilisées dans les tâches répétitives, confiées depuis trop longtemps. Etre capable de discuter des compétences, anticiper la pyramide des âges, anticiper l’évolution et la promotion professionnelle à 5 ou 10 ans, n’y aurait – il pas là une source de motivation des troupes ?

La fonction publique hospitalière cultive le paradoxe. D’un côté, vous avez le corps de Direction avec une panoplie de primes et une gestion de carrière prise en main par leur employeur favorisant leur évolution, leur promotion, et leur mobilité. De l’autre, les agents qui sont et restent dans une case leur carrière durant. Qui peut croire à part les cadres de la haute fonction publique, totalement étrangers aux problématiques opérationnelles, que cette posture permet de tirer le meilleur parti du potentiel humain ?

 

Les politiques ont souvent parlé de rénovation de la fonction publique… Ah, vous la voyez la rénovation ? Où sont les facilités de mutation entre les établissements ou entre fonctions publiques ?

Soyez gentil, en sortant, de refermer la porte de mon petit bureau, car je dois mener à bien les petites tâches de ma petite carrière si je veux bénéficier de mon petit déroulement…

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témoignage recueilli par LC

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