L’expression directe des salariés : encore une foutaise !

taisez-vousSPÉCIAL SEMAINE  CONFÉRENCE SOCIALE :

Pardonnez le titre un peu cru mais, pour être un lecteur attentif de Vincent de Gaulejac[1], il faut parfois libérer sa colère, surtout lorsque cette dernière ne se heurte pas au retour affligeant de son supérieur hiérarchique direct.

Si les syndicalistes ne peuvent plus dire les choses, qui les dira ?

Là est la question fondamentale !

C’est le débat qui occupe aujourd’hui toutes ces conférences. Qu’elles soient sociales, scientifiques ou commerciales elles concluent toutes sur ce postulat :

  • « il faut replacer le travail au centre de tout »,
  • « il faut que les salariés puissent parler directement de leurs difficultés sur le travail ».

Chiche, serions-nous tentés de répondre ! Mais observons la réalité du travail.

Dans le monde réel que je connais le mieux, l’hôpital, il ne se passe pas une journée sans qu’il y ait de multitudes réunions dont la moitié au moins ne présente aucun intérêt pour la réalité du travail et l’amélioration de sa qualité. Même celles qui tournent autour de la démarche qualité se transforment en messes providentielles où tout est dit sans rien décider.

Mais rapprochons-nous encore davantage du vrai travail.

Les soignants à l’hôpital travaillent beaucoup par la transmission des informations portant sur les patients. L’équipe est ainsi la première composante de la qualité des soins. Elle passe par la qualité des échanges entre les professionnels. Pour améliorer ces transmissions de l’information, pour discuter des difficultés du travail, entre le changement d’équipe du matin à l’après midi, ou de l’après midi à la nuit,  les soignants connaissent un temps d’échange qui est appelé, « passage des consignes » ou  » temps des transmissions ».

Et bien, ce temps là est menacé, supprimé par endroit, ou pris sur le temps personnel non payé dans beaucoup d’autres !

Comme dirait notre très expressive Agence Nationale d’Amélioration des Performances (l’ANAP) c’est du temps gaspillé ! Donc il faut le supprimer.

En fait l’expression directe des salariés est confisquée : c’est la crise !

Alors pourquoi le MEDEF et le gouvernement qui lui emboîte le pas, veulent-ils renforcer l’expression directe des salariés ?

L’objectif est assez simple. Il faut placer les échanges entre professionnels dans un cadre organisé sous la tutelle du cadre de proximité avec des consignes bien précises. Les expériences ont toutes démontré les limites de l’exercice. Cercle de qualité, conseils de services, etc.

Placé sous l’emprise du chef, le débat se tait et le travail se débrouille seul !

Or, les sociologues, les chercheurs, les scientifiques les plus divers qui traitent de ces relations du travail,  sont des militants d’une véritable discussion sur les difficultés du travail entre les salariés. Je partage cette nécessité indispensable à l’amélioration des conditions du travail.

C’est effectivement indispensable. Il faut que les agents puissentdiscuter entre eux sur les difficultés qu’ils ont pour effectuer leur travail : manque de matériel, locaux inadaptés, organisation des horaires, techniques nouvelles, compétences à acquérir, etc. etc.

Si les difficultés ne peuvent pas trouver de réponses au sein de l’équipe il faut trouver le moyen de les faire remonter pour améliorer la qualité du travail. C’est le rôle du CTE (Comité Technique d’Etablissement) ou du CHSCT (Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail) Mais le donneur d’ordre préfère traiter directement avec des salariés non formés sur les droits du travail et sur les obligations de l’employeur.

Contourner les instances représentatives du personnel pour mieux cantonner l’expression du travail dans des espaces clos et sous tutelle, voilà le véritable enjeu de l’expression directe des salariés.

En fait ce n’est pas une foutaise. C’est une escroquerie ![2]

 DG

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 Voir aussi :

[1] Vincent de Gaulejac « Travail, les raisons de la colère » éditions du Seuil, mars 2011
[2] Wikipédia :  En France, une escroquerie est une fausse présentation (tromperie) d’une offre, d’une personne ou d’un organisme, souvent appuyée par des techniques de persuasion, et destinée à soutirer des avantages indus. L’escroquerie est différente du canular. L’escroquerie est le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge.

 

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