La Qualité de Vie au Travail (QVT) en mode lecture FO !

 

"La peinture est la face visible de l'iceberg de ma pensée" Salvador Dali (1904-1989)

Salvatore Dali: Le Cheval de Troie

Bonjour Bertrand Neyrand. Tu es assistant à la Confédération Fo chargé du secteur de la prévention des risques professionnels et tu as participé à l’avis FO sur la QVT.

 

FO a voté contre ce concept qui présente pourtant des facettes bien intéressantes. 

Pour FO quelle est l’approche de la QVT ?

« La QVT est une préoccupation constante des salariés » nous apprend l’accord dès ses premiers jalons. Effectivement, la qualité de vie est une question préoccupante depuis l’aube de l’humanité. La question à se poser, face à cette lapalissade, est plutôt de savoir si cet accord apporte de l’eau au moulin de la qualité de vie et de la qualité du travail.

Tout d’abord, regardons la QVT non comme un nouveau sujet, mais plutôt comme une méthode de travail.

La QVT, c’est regarder la population de l’entreprise, l’activité propre à l’entreprise, et mettre le dialogue au milieu de ces deux viviers d’informations afin d’en ressortir des éléments profitables à l’entreprise comme aux salariés

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FO n’est pas contre la qualité alors ?

Qui donc aurait l’audace de critiquer pareille méthode ? Personne, bien évidemment ! Sauf si l’on regarde ce concept à l’aune de la « communication » sévissant dans le monde du travail.

Car « le dialogue », « l’ambiance », « l’attention portée aux salariés » sont autant de chevaux de Troie au service d’une vaste campagne de communication qui fait de cet accord QVT un véritable écran de fumée qui, au mieux, ne servira à rien, au pire, occultera les problèmes et leurs solutions.

 

L’accord QVT serait un cheval de Troie ?

 Oui ! Et pour comprendre ce qui sortira de ce cheval de Troie, il suffit de regarder l’article 13, qui parle de « rationnaliser les obligations de négociation », traduction : regroupons tous les sujets de négociation dans une « méga négo » ouverte tous les 3 ans, ainsi, chaque sujet occupera un chapitre au lieu d’occuper tout un accord. Economies de dialogues, économies tout court pour l’entreprise, et début des tractations avec les représentants du personnel : « vous voulez du salaire ? Abandonnez le handicap ! Vous voulez des formations ? Alors abandonnez le salaire ! ».

 

Faut être naïf pour croire en la QVT ?

On est résolus à ne plus être naïfs ? Lisons plutôt l’article 12, qui signe le retour des lois Auroux avec l’expression directe des salariés. Idem, qui pourrait dire « je suis contre l’expression directe des salariés » sans voir son auditoire lever les yeux au ciel !

Et pourtant, ces lieux et espaces d’expressions existent, dans toutes les entreprises « normales », ce sont des réunions d’équipes, de secteurs, de sections, de pôles, et elles se produisent dans toutes les structures qui tournent « correctement », et, si elles n’existent pas ici ou là, je doute fort qu’un accord comme celui-ci engage un employeur dans la voie de la synergie du regroupement hebdomadaire !

De même, quelle sera la garantie pour un salarié qu’il n’aura pas à subir les foudres de son employeur en cas d’expression franche ?

Bref, on essaie de créer ce qui existe déjà, en espérant l’institutionnaliser pour mieux cadenasser l’expression sur le travail.

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Il y a tout de même l’expression directe des salariés dans cet accord ?

En fait, cette « expression directe des salariés » pourrait être un véritable piège, lorsque nous constatons que l’accord mentionne que « les élus des institutions représentatives du personnel doivent veiller à respecter les possibilités d’expression des salariés », alors même que ces institutions sont là pour reprendre l’expression des salariés et défendre leurs droits !

Imaginez la prochaine réunion extraordinaire d’un CHSCT d’entreprise, avec comme ordre du jour le « risque routier induit par les nouveaux plannings de l’équipe Lambda », et un employeur qui réoriente les débats sur la couleur du papier peint, la jugeant plus utile car « abordée au cours de l’expression des salariés » parmi 50 autres sujets. Les élus râlent ? Mais voilà le CHSCT obligé de faire place à cette expression directe sélectionnée par l’employeur, et qui ne représente un avantage que pour les dirigeants soucieux de créer un écran de fumée, ou de développer une stratégie du déni dont personne ne profitera, ni l’entreprise, ni le salarié !

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Et l’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle ?

Cela va me servir à finir avec une touche d’humour noir patronal, une mention sur la porosité entre le temps de travail et le temps de vie personnel, symbolisé par le téléphone nouvelle génération, à cause duquel nous devons être joignables 24/24 et 7/7, mais la restriction de l’usage du téléphone se fera… « en fonction des exigences propres aux caractéristiques de l’entreprise et des fonctions exercées ».

En gros, expliquez-nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment on ne peut pas vous le donner, mais aussi comment vous pouvez vous en passer…

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Alors l’accord QVT c’est un leurre dans le monde des « bisounours » ?

Dans un monde de « petits lapins roses », j’aurais sans doute applaudi la QVT en embarquant dans le sous-marin jaune de John Lennon,  mais l’auteur de « imagine » n’est plus, et ma naïveté non plus, car au cœur de tout cela, il y a la question de la volonté politique d’un employeur de remettre le travail à cœur, et d’en parler avec ceux qui le font, dans l’intérêt de toutes les parties en présence, voilà pourquoi je dis que :

  • dans une entreprise où l’employeur fait son travail, cet accord est inutile,

  • dans une entreprise qui cherche à faire du bon travail, cet accord est insuffisant

  • dans une entreprise qui fait du mauvais travail, cet accord est inopérant.

 

Mais il est grand temps de parler d’organisation du travail, de qualité du travail, et d’écouter ceux qui font le travail sans traiter ce type de sujet à l’échelle stratosphérique !

 

 

Merci Bertrand.

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Pourquoi FO n’a pas signé l’accord national interprofessionnel sur la qualité de vie au travail

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