L’épuisement professionnel des soignants

Cette artiste à un site de présentation que vous pouvez consulter : www.hettyhuismanbeelden.com ou ici : www.exitartamsterdam.com

Hiding emotions : une œuvre de Hetty Huisman

Le burnout

 

A l’heure où FO soutient l’appel pour une reconnaissance du burnout en maladie professionnelle, il paraît opportun de présenter quelques aspects de ce trouble qui sévit dans les hôpitaux depuis plus de 30 ans.

Pour cela le texte ci-dessous s’inspire très largement des travaux du Dr Madeleine Estryn-Behar ancien médecin du travail, diplômée de santé Publique et Ingénieur en ergonomie.[1]

 

 

1- Le burnout répond à trois critères

 

  • l’épuisement émotionnel qui se traduit par le fait de « craquer » émotionnellement ou bien par une absence d’émotion,
  • le désinvestissement relationnel : pour se protéger, le soignant tend à mettre de la distance excessive entre le malade et lui,
  • la diminution du sentiment d’accomplissement personnel et une dépréciation professionnelle : le soignant considère qu’il n’est « plus bon à rien ».

 

Le burnout est aussi défini comme une perte de motivation, un effondrement psychologique causé ou accompagné par une résignation au manque de pouvoir, par la perception que, quoi que l’on fasse, on ne peut rien changer. La santé de l’individu et la qualité du travail sont altérées.

Le burnout provient d’une exposition à un stress permanent et prolongé. Ce stress apparaît lorsqu’un individu est confronté à une situation où les contraintes qu’il perçoit sont trop importantes vis à vis des ressources qu’il estime avoir pour faire face à celles-ci. La situation de travail devient difficile à vivre, l’état de stress engendre une fatigue pour le soignant, des sentiments de tension et d’irritabilité qui se répercutent sur l’activité de travail.

Pour gérer son stress professionnel, il va avoir un comportement défensif et se détacher progressivement de son travail. Cette attitude l’aide à réduire la culpabilité et la frustration associées au travail. Son manque d’enthousiasme, d’optimisme et d’implication diminuent ses chances de succès. L’échec mène à de nouveaux échecs. Il se retrouve alors dans un cercle infernal.

 Il est élevé pour 27,8% des soignants européens, 46% des français et 42,4% des médecins français

Les statistiques des travaux expliquent les enjeux actuels et mettent en évidence plusieurs facteurs liés au burnout.

 

Elles démontrent l’influence majeure de :

  • l’insuffisance du travail en équipe,
  • le déséquilibre effort/récompense,
  • la difficulté à concilier sa vie professionnelle et sa vie familiale.

 

L’intention de quitter la profession est forte pour les soignants en poste et également au sein des écoles de formation. Confronter à la réalité du terrain et face à des conditions de travail difficiles, de nombreux étudiants décident d’arrêter leurs études.

 

 

2– Analyses ergonomiques en secteur soignant

 

Les soins infirmiers sont constitués d’échanges dynamiques entre l’infirmier et une personne ou un groupe de personnes.

Ils se caractérisent par des soins de base, techniques, éducatifs et relationnels qui requièrent expertise technique, disponibilité, observation, capacité d’analyse, écoute, compréhension des problèmes, respect de la différence, accompagnement, relation d’aide, permanence et continuité.

 

Ils impliquent la connaissance et l’application de techniques de soins spécifiques somatiques et la maîtrise des concepts relatifs au comportement, à la personnalité, au psychisme, aux différentes pathologies somatiques et psychiques et enfin aux relations interpersonnelles.

 

Les soins infirmiers préventifs, curatifs ou palliatifs sont de nature technique, relationnelle et éducative.

Ces trois aspects sont indissociables de tout soin infirmier.

 

Quand les infirmiers (IDE) ne peuvent plus parler aux patients, le travail soignant perd son sens, ce qui est un risque psychosocial majeur.

 

A la suite de ces constats, des publications évaluent l’efficacité de programmes destinés à améliorer la collaboration au sein des équipes. Une équipe n’est pas un simple côtoiement hiérarchique de personnes œuvrant dans différentes disciplines pour délivrer des soins aux patients. Une équipe soignante est d’abord le fruit d’un fonctionnement collectif. Des interventions pour améliorer la cohésion de groupe ont amélioré le plaisir au travail et réduit le turnover. Des actions telles que des réunions de construction du travail d’équipe et l’établissement de règles de collaboration entre infirmiers et médecins ont été entreprises. Une étude en médecine et chirurgie a montré un lien entre les efforts de l’encadrement pour renforcer la communication, les relations interpersonnelles facilitant la cohésion du groupe, l’amélioration de la communication et la satisfaction professionnelle.

 

Une bonne communication et un travail d’équipe bien rodé y sont considérés comme essentiels pour assurer des soins de qualité et garantir la sécurité des patients. Les chercheurs y ont aussi relevé que les défauts de communication sont les causes les plus courantes des dommages subis par les patients.

Les stratégies qui peuvent être largement diffusées pour améliorer la sécurité incluent l’organisation du travail, la diffusion d’informations actualisées au lieu même du soin, et le partenariat avec les malades.

 

L’importance de l’équilibre famille/travail est la deuxième thématique au centre de la prévention des risques psychosociaux en milieu de soins. La difficulté des infirmiers et des médecins à combiner travail et demandes de la vie privée sont extrêmement élevées. Ce déséquilibre est plus déterminant que la durée du travail elle même, bien que les deux facteurs soient extrêmement liés. Les horaires atypiques accroissent la difficulté d’ajuster leur vie professionnelle et familiale, de plus, les besoins de remplacement conduisent souvent à un rappel du personnel sur leurs jours de repos et il a été montré que le soutien de l’encadrement pour permettre au salarié de jouer ses différents rôles professionnels et familiaux est le plus lié avec l’intention des salariés de quitter ou non leur emploi.

 

La solidarité des équipes, l’organisation plus efficiente du travail et des repos concertés permettent de mieux prendre en compte les besoins de chacun pour un équilibre travail/famille. Ces constats généraux doivent être pris en compte de façon globale, mais également à travers les spécificités d’implémentations locales d’expériences pilotes.

 

 

Ce qu’en pense FO-santé :

 

Les travaux de ces chercheurs sont connus de toute la communauté hospitalière. Ils s’appliquent indifféremment dans tous les secteurs de la santé qu’ils soient publics, privés ou associatifs.

Nous n’avons de cesse d’expliquer combien il est important pour les professionnels de santé d’être bien dans leur tête et dans leur corps pour bien s’occuper des autres. Malheureusement le souci de rentabilité immédiate, l’approche économique de la santé qui se traduit uniquement en dépenses au lieu d’être considérée comme un investissement, conduit les soignants à l’épuisement professionnel, le burnout ! Il doit être reconnu comme maladie professionnelle. Mais, nous n’insisterons jamais assez pour dire que l’hôpital a un besoin très important de professionnels qualifiés pour assurer correctement l’ensemble de ses missions. Aujourd’hui il manque plus de 30 000 emplois à l’hôpital public et ceux qui restent ne peuvent plus absorber ce manque !

 

 cet article en 4 pages au format PDF : Burnout

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[1] D’après les travaux du Dr Estryn-Behar – Ergonomie hospitalière – éditions Octares 2011, « Santé et satisfaction des soignants au travail » Editions Presse de l’Ecole des hautes Etudes en Santé Publique – 2008

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2 comments for “L’épuisement professionnel des soignants

  1. SEGUELA
    16 avril 2014 at 9 h 06 min

    Lorsque toute une hiérarchie (pas toujours le cadre de proximité) se ligue pour supprimer les réunions de fonctionnement, rappeler les agents sur repos sans concertation, établir une alternance jour nuit « sauvage », ne pas établir de projets médicaux ni de projets d’établissement, gouverner que par la menace; tout ceci conduit au burn out.
    Le plus dur est de le prouver. Même les médecins ne le reconnaissent pas aux agents

  2. rachele
    24 mars 2014 at 8 h 57 min

    Sujet d actualite et malheureusement qui ne concerne pas que les soignants ! Bcp d administratives, de cadres en sont victime. Grace a l intervention syndicale notamment en commission de reforme, ces burn out sont aujourd hui reconnus imputable au service, et ca c est une grande victoire pour ces agents qui retrouvent la force de s en sortir.

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