Les cadres de santé peuvent aussi craquer !

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« Le travail répare ou achève ? »

C’était le premier titre alloué à cet article. Mais la double pression exercée sur les cadres de santé mérite un titre plus direct.

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Marc encadre une équipe de 40 agents dans un service de soins de suite et de réadaptation. A la différence de beaucoup d’autres qui sont parachutés sans connaissance particulière, il est issu du rang. Il était ASHQ avant de passer son diplôme d’aide soignant, puis d’infirmier et enfin de cadre. Plutôt discret, il est connu de tous et apprécié de ses collègues et par de nombreux agents de l’établissement.

Comme tous les autres cadres, il subit la pression du manque de moyen. Il doit sans cesse jongler avec les agents de son équipe pour bousculer quelques repos ou autres congés afin d’assurer la continuité du service public. Comme dans tous les services, c’est le compteur des heures supplémentaires qui tourne en sachant que peut-être elles ne pourront jamais être payées ou récupérées.

En 2013 il traverse un moment difficile dans sa vie privée qui l’anéantit au point d’attenter à ses jours heureusement sans succès.

De caractère plutôt compréhensif et attentif aux agents qu’il encadre, il devient progressivement menaçant, ironique, pratiquant le chantage plutôt que le compromis qu’il avait l’habitude de rechercher.

La pression sur les personnels ne désemplit pas tellement les moyens se restreignent. Le cadre ne peut plus servir d’amortisseur. L’équipe n’en peut plus. Déjà pressée par les contraintes ordinaires du travail soignant, elle ne peut accepter que viennent se surajouter celles d’un cadre provoquant et menaçant.

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Le dialogue est difficile pour progressivement devenir impossible.

 L’autorité vient estomper la compétence. Aucun membre de l’équipe ne peut plus aborder sereinement ce changement pour ramener Marc dans ses pratiques passées. Le point de rupture est atteint.

Alors la plainte remonte au cadre supérieur, à la hiérarchie ! La voie ordinaire.

Sans succès ! La réponse est affligeante. « Débrouillez-vous ! Soyez patients. Il a des problèmes personnels ! »

Le CHSCT est alerté ! Le principe d’une enquête est adopté mais tout le monde connaît les tenants de ce malaise. Directeur du personnel, directeur des soins, directeur général, tout le monde est alerté. Mais, à la manière d’une patate chaude, la direction demande aux syndicats de trouver une solution ! Ben voyons !

Rappelons : le directeur chef d’établissement, doit assurer la protection physique et mentale de ses agents. C’est une obligation qui doit être assortie de résultat et qui ne peut être sous traitée. Les directions ne peuvent asséner à longueur d’année le rappel des obligations qui s’imposent aux agents et ne pas assumer les siennes.

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Alors qu’elle est la meilleure solution ?

Le syndicat, par le CHSCT, a pris la dimension du problème qui conjugue à la fois un comportement personnel et une organisation contraignante. La juxtaposition de ces deux éléments conduit à un dysfonctionnement pouvant entraîner de graves conséquences. D’abord sur un agent, fut-il cadre et ensuite sur une équipe épuisée qui multiplie les arrêts de travail pour raison de santé.

Tous les niveaux de la hiérarchie sont alertés.

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Le travail doit-il réparer ou achever ?

Le travail peut aider à passer les caps difficiles de sa vie privée, comme la vie privée peut aider à passer des caps difficiles de sa vie professionnelle. Mais si l’un ne permet pas de rattraper l’autre et que les deux sont au plus mal simultanément alors la catastrophe est au bout du chemin. Le travail doit donc aider et il relève de l’obligation de l’employeur de veiller à cela pour assurer la santé physique et mentale à des personnels.

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Que faut-il faire ?

Ce cadre mérite d’être soutenu, aidé, accompagné dans ses difficultés, certainement déplacé durant quelques mois afin qu’il puisse retrouver la sérénité passée. Une mission transversale attrayante, utile à l’institution doit être recherchée pour le placer sur un terrain favorable à sa réintégration dans le bon sens.

Tout le monde sera gagnant. Le cadre qui retrouvera le bon sens du travail, l’équipe qui sera accompagnée sans contrainte supplémentaire et enfin l’institution qui gagnera une compétence mieux utilisée.

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Le choix qui s’impose à la direction de cet établissement n’est pas cornélien.

Soit aider au suicide en se réfugiant dans le discours traditionnel « il avait des problèmes personnels », soit accompagner les agents, valoriser leurs compétences assurer son obligation de protection de la santé des personnels et par la même, une meilleure qualité du travail.

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Pour FO,

 Il faut adapter le travail à l’homme, c’est une obligation qui relève des principes généraux de prévention mentionnés à l’article L4121-1 du code du travail. Ils s’appliquent aussi à l’hôpital.

Que ce soit l’ASHQ, l’AS, l’infirmière ou le cadre, une équipe des soins peut-elle fonctionner les uns sans les autres ? Pour cela n’est-il pas indispensable que les uns travaillent avec les autres, tous les autres ?

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