Travail en 2 x 12 heures : les risques pour la santé et la sécurité des agents.

12h12L’institut National de Recherche et de Sécurité (L’INRS) vient de publier la synthèse d’une étude réalisée par des acteurs en santé et sécurité au travail sur les conséquences de l’organisation du travail en deux amplitudes de 12 heures, sur la santé et la sécurité des travailleurs. Cette organisation du temps de travail touche particulièrement le secteur de la santé. (pour accéder à cette publication cliquer ici)

Les résultats sont basés sur les études internationales publiées entre 1980 et 2012 et comparant les organisations traditionnelles du travail en poste en 8 heures et les postes en 12 heures.

Les premières conséquences les plus documentées sont :

  • la prise de poids,
  • l’augmentation des erreurs, des accidents de travail et de trajets,
  • des conduites additives,
  • des troubles musculo-squelettiques et
  • des pathologies du dos.

Parmi les symptômes et pathologies associés au travail posté et/ou de nuit, l’analyse de la littérature scientifique met en évidence :

  • une diminution du temps de sommeil,
  • une prévalence augmentée des dépressions et/ou de l’anxiété,
  • une éventuelle association positive entre le travail posté et certains risques pour la grossesse (avortement spontanée, accouchement prématuré, retard de croissance intra-utérin),
  • etc.

Les études mettent en évidence, chez les infirmières, une augmentation importante des accidents du travail à partir de la neuvième heure travaillée, avec un doublement de la fréquence de survenue à la 12ème ; une augmentation des accidents d’exposition au sang lors des deux dernières heures des 12 heures.

Mais il est reconnu aussi que le nombre de temps de pause en cours de poste est déterminant. Ainsi les postes en 8 heures avec une seule pause peuvent s’avérer plus accidentogènes que les postes en 12 heures entrecoupés de plusieurs pauses.

Les médecins du travail s’inquiètent du devenir des salariés car ce travail sur des postes longs les expose à un risque d’inaptitude au poste occupé jusqu’alors. En effet, pour les salariés déjà en difficulté sur des postes en 7 ou 8 heures, les contraintes physiques et mentales prolongées des postes longs pourraient entraîner des inaptitudes médicales aux postes de 12 heures.

« La mise en œuvre des 12 heures ne devrait pas entraîner l’obligation de changer de service ou d’activité pour les salariés dont l’état de santé nécessite le maintien sur un poste en 7 ou 8 heures. En milieu de soins les agents ayant acquis une expérience et une compétence dans un service peuvent se trouver dépossédés de leur expertise et en grande difficulté s’ils sont obligés d’en changer du fait de la modification d’horaire. »

La question de la reprise en main du travail après plusieurs jours d’absence est fondamentale selon les auteurs de ces études.

Sauf peut-être pour les soins à la journée (ambulatoire), « le bénéfice attendu en terme d’amélioration de la continuité du service du fait de la diminution du nombre de relèves peut se trouver anéanti par la perte d’information que représente l’éloignement du travail pendant plusieurs jours de façon habituelle. Pour le secteur du soin par exemple, l’établissement d’une relation suivie avec les patients est un élément fondamental de la satisfaction professionnelle du personnel dans certains services. »

Rester éveillé plus de 17 heures consécutives ralentit les fonctions cognitives. Pour 20 heures d’éveil, le temps de réaction est l’équivalent d’un niveau d’alcoolémie de 0,5g/l. Ces ralentissements sont encore plus accentués à partir de l’âge de 40 ans.

Préconisations des spécialistes pour la mise en place des postes longs :

 

  • Ne pas mettre en place cette organisation quand le travail présente des contraintes physiques importantes, une charge mentale soutenue ou nécessite une présence régulière ou un suivi relationnel.
  • Respecter strictement les jours de repos.
  • Intégrer le temps de transmission dans le temps de travail.
  • Instaurer de vraies pauses permettant le repos plusieurs fois au cours du poste. Ceci est particulièrement nécessaire lors des postes longs de nuit au cours desquels des siestes courtes sont très fortement recommandées.

En conclusion ces spécialistes recommandent de « n’adopter cette organisation du travail que dans le cas d’absolue nécessité et en tenant compte de préconisations qui en limitent les effets négatifs. »

Conseil de FO santé :

Le raisonnement à court terme peut connaître des conséquences irréversibles sur la santé et la sécurité des agents. Le devoir d’un syndicat est de prévenir le salarié du risque qu’il prend en adoptant ce type d’organisation. Sans le respect des préconisations à mettre en œuvre, les postes en 12 heures présentent des aspects très négatifs sur la santé des agents et la sécurité du travail. Nous déconseillons donc vivement de la mettre en œuvre là où elle n’est pas d’une absolue nécessité.

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1 comment for “Travail en 2 x 12 heures : les risques pour la santé et la sécurité des agents.

  1. caterina
    12 juin 2014 at 15 h 34 min

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