Un Médecin du travail « relaxé »

medjustice462Le Conseil de l’Ordre annule le blâme infligé à un médecin du travail, poursuivi par son employeur

 02/07/2014 du Quotidien du Médecin
  Imprimer  Envoyer par email
« La chambre disciplinaire nationale de l’Ordre des médecins (CNOM) a annulé le blâme infligé en première instance au Dr Élisabeth Delpuech par le conseil départemental de l’Ain.

Ce médecin du travail était poursuivi devant la juridiction ordinale par son employeur qui lui reprochait d’avoir établi un certificat de complaisance à l’égard d’une salariée de l’entreprise (une étude notariale), cette dernière ayant utilisé ces documents médicaux dans le cadre d’une action prud’homale (le certificat liait la pathologie du salarié à ses conditions de travail). Le Dr Delpuech avait fait appel en 2013 de cette décision auprès du CNOM.

« Le Dr Delpuech ne s’est pas bornée à faire siennes les déclarations de la salariée mais s’est fondée sur la connaissance personnelle qu’elle avait acquise des conditions de travail dans l’[entreprise] à travers notamment des consultations dispensées à d’autres salariées […], ses constatations l’ayant amenée à alerter l’employeur et à le rencontrer puis à saisir à trois reprises l’inspecteur du travail », lit-on sur la décision de la chambre disciplinaire du CNOM, rendue publique le 26 juin. « Les certificats établis ne sont pas des certificats de complaisance mais des diagnostics », ajoute le CNOM.

Coups de boutoir patronaux

S’il félicite sa consœur qui a « subi les coups de boutoir patronaux », le Dr Dominique Huez, vice président de l’association Santé et médecine du travail (Ass-SMT) déplore qu’à l’heure actuelle, « rien n’empêche les employeurs de continuer à épuiser devant des chambres disciplinaires, avec des plaintes injustes, les médecins du travail qui « écrivent » le lien santé-travail ».

L’année dernière, ce médecin du travail a fait l’objet d’une plainte pour le même motif devant le conseil de l’Ordre. En janvier, il a été écopé d’un avertissement. »

.

CE QU’EN PENSE FO :

Nous pouvons partager ce commentaire d’un médecin du travail : « Tout le monde trouve normal qu’un cardiologue dise qu’un infarctus est du à un excès de cholestérol, qu’un pneumologue attribue un cancer de la plèvre à l’amiante, un psychiatre rapporte une dépression à un braquage, mais qu’un médecin du travail relie une dépression à des conditions de travail délétères est hors de ses compétences ?… »

En fait l’évolution du travail conduit à de nouvelles pathologies qui sont essentiellement dues à l’intensification du travail. Les nouveaux traumatismes du travail sont le résultat évident des contraintes psychologiques et organisationnelles et donc des nouvelles organisations du travail. Les chercheurs ont le droit de l’écrire, les syndicalistes de les dénoncer, mais le médecin du travail n’aurait pas le droit d’établir ce lien de causalité entre la santé et le travail !

Il est désormais largement démontré qu’un management plus respectueux des salariés conduit à une meilleure efficacité dans la qualité du travail sans porter tort à la rentabilité de l’entreprise. (lire à ce sujet « Le travail peut-il devenir supportable » de Yves Clot et Michel Gollac)

C’est pourquoi les médecins du travail devraient exercer leurs compétences en toute indépendance un peu comme l’inspection du travail. Le lien de subordination qui les relie à l’entreprise ou à l’hôpital devrait être rompue pour que seule la santé des travailleurs à leur poste de travail reste la préoccupation des médecins du travail. C’est parce que l’employeur à l’obligation d’assurer la santé et la sécurité des travailleurs avec une obligation de résultat que ce dernier veut casser le thermomètre ! Le syndicat doit défendre l’indépendance de la médecine du travail !

.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *