Suicides au travail ! Silence hôpital !

Crise sociale et morale, problemes au travail, en entrepriseAprès la suppression de 22 000 emplois entre 2006 et 2008, quarante salariés d’Orange se sont suicidés dans les deux années qui ont suivi. Ce sinistre social, ces traumatismes du travail provoqués par ces suppressions d’emplois et un management totalitaire ont déclenché une vague d’indignation et une « simple émotion gouvernementale ».  Le changement de cadres dirigeants, le recrutement de 10 000 salariés ont permis d’enrayer la crise.

Nous sommes en 2015, 6 ans plus tard ! Au seul mois de janvier, le CHSCT central de l’ex « France-télécom » a dénombré 6 suicides qui s’ajoutent aux 21 de l’année 2014, c’est-à-dire sur un rythme qui risque de dépasser celui de la crise de 2008 !

Le motifs sont identiques. Une dégradation importante des conditions de travail par une réduction drastique des effectifs qui repart à la hausse. « Orange prévoit plus de 25000 départs, principalement à la retraite, d’ici 2020, soit un quart de ses effectifs. De nombreux temps partiels seniors quittent aussi le géant des télécoms. Mais le groupe n’envisage de remplacer qu’un départ sur trois et de recruter seulement 1900 CDI en 2015 et 2016 » [1]

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Aucun enseignement n’a donc été tiré

A « France-Télécom-Orange », ce sont les conséquences des atteintes graves aux conditions de travail pour maintenir un taux d’engraissement satisfaisant des actionnaires !

Les mêmes causes provoquent les mêmes effets. A l’hôpital, ce ne sont pas directement les actionnaires mais leurs représentants, entendez ceux qui encouragent la réduction drastique des moyens consacrés à la main d’œuvre. L’hôpital va connaître la suppression de 22 000 emplois par l’application du pacte de responsabilité qui s’abat sur l’hôpital avec, et c’est pour nous incompréhensible et inacceptable, le soutien des syndicats d’accompagnement que sont la CFDT, la CFTC, et l’UNSA !

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Rien ne bouge !

Le Gouvernement reste droit dans ses convictions estimant que la seule façon d’enrayer les résultats catastrophiques du chômage c’est la réduction du nombre d’emplois !

Réduire les dépenses publiques pour diminuer les charges des entreprises et augmenter les dividendes des actionnaires ! Tant pis pour les victimes !

Que ce soit dans les entreprises privées, publiques ou dans la fonction publique, l’objectif de tous les dirigeants et gouvernants est de réduire la masse salariale et donc le nombre d’emplois ! Cela fait 30 ans (depuis 1983) que cette politique est poursuivie avec des résultats toujours plus catastrophiques !

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A l’hôpital c’est le déni total !

A l’hôpital, les conditions de travail sont devenues telles que le burn-out s’installe dans tous les services et provoque les mêmes effets qu’ailleurs. De Lille à Montpellier en passant par Strasbourg, Rennes, Le Mans, Niort, Angers, Montauban, Poitiers, Tours, Lyon, ou Nevers, etc., des médecins, des infirmières, des soignants n’en peuvent plus et se suicident !

La gouvernance de la Fonction publique et encore moins celui de la santé ne veulent pas voir les dommages causés et passe sous silence tous les dégâts de son management absurde économiquement et dévastateur socialement! Pourtant « le sec­teur de la santé et de l’action sociale présente le taux de mortalité par suicide le plus élevé du monde du travail (34,3 pour 100 000) »(rapport Observatoire National des Suicides novembre 2014)

Un indicateur qui ne trompe pas ! Par contre, dans le dernier rapport de l’observatoire national des violences en milieu de santé qui est normalement destiné à recenser toutes les violences en milieu hospitalier, pas une seule fois le mot suicide n’est utilisé.

C’est un déni total !

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Les bourreaux n’assument pas !

Lorsqu’un collègue se suicide, que ce soit sur son lieu de travail ou à son domicile ou ailleurs, c’est un drame pour tout son environnement. Lorsqu’un lien est établit entre cette désespérance et le travail, tous les collègues se sentent coupables de n’avoir pas vu, su ou pu intervenir pour aider, alerter, accompagner.

Si les directeurs, qu’ils soient d’établissement, d’ARS ou du ministère, ne veulent pas assumer leurs responsabilités, nous devons dans tous les établissements mettre en œuvre des procédures d’alerte.

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Réagissons collectivement !

Nous ne pouvons rien attendre de ceux qui nous dirigent mais collectivement nous pouvons et nous devons réagir. Il faut nous encourager à dire non ! Non aux suppressions d’emplois, Non aux procédures dégradées ! Non aux changements de plannings intempestifs ! Non aux rappels sur les congés ou repos ! Non aux pressions exercées contre ceux qui exigent la qualité des soins !

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Nos armes !

Seuls nous sommes condamnés et c’est parce qu’ils se sentent seuls et désespérés que des collègues se suicident. Pour ne pas être seul il faut s’entraider, c’est-à-dire combattre collectivement toutes les sources de débordement dans le travail. Le processus du burn-out est connu. D’abord on résiste, (je vais y arriver), ensuite on est débordé (j’y arrive plus) et enfin on est anéanti (j’en peu plus, je suis nul !) Les conséquences sont terribles car c’est un long chemin de troubles, de doutes et d’angoisses. Une vie cassée ! Tout ça pour quoi ? pour qui ? Le travail vaut-il la peine d’être aimé au point de perdre la vie ?

Le CHSCT doit être activé et le prochain article y sera consacré.

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[1] L’Humanité.fr « Le PDG d’Orange s’entête à rejouer la petite musique du malaise social » Cécile Rousseau jeudi 16 avril 2015

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cet article au format PDF pour diffusion ICI

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