PAR QUEL BOUT PRENDRE LES RISQUES PSYCHOSOCIAUX ?

corde-de-coupure-43947982Dans le cadre d’une semaine d’enseignement sur les risques psychosociaux à l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP) Denis Garnier[1] répondait aux questions de Paula Cristofalo (enseignante chercheuse) devant les futurs cadres supérieurs des établissements de santé.

Le blog retranscrit quelques questions et réponses de cet échange. Cette semaine :

« Des différentes dimensions des RPS, quelles sont les plus difficiles à traiter ou au contraire le plus faciles à aborder ? »

 

Denis Garnier « Avant de répondre à cette question, il faut savoir que chaque dimension prise isolément ne présente pas de risque particulier. C’est la conjugaison de deux ou plus de deux de ces dimensions qui caractérise le risque psychosocial ainsi que la durée de l’exposition. Le risque psychosocial est multifactoriel. Dans le sens du rapport Gollac, il s’agit davantage d’indicateurs que de causes.

Des six dimensions les plus difficiles à traiter, mais aussi les plus simples, sont vraisemblablement celles qui tiennent aux moyens nécessaires pour les faire disparaître (intensité, insécurité des conditions de travail). Mais de ces 6 dimensions je n’en vois aucune qui soit facile à aborder.

L’intensification du travail est généralement provoquée par une augmentation d’activité avec des moyens constants. Sans augmentation de moyens ou sans réduction d’activité, il est quasiment impossible de la traiter. Conjuguer avec un temps de travail fluctuant, des horaires atypiques, des cadences soutenues ou des changements intempestifs, c’est certainement la dimension la plus difficile et la plus dévastatrice des bonnes conditions de travail. (pour approfondir la réponse voir -« risque intensité du travail »  – « risque temps de travail« )

L’insécurité de la situation de travail dépend des moyens d’intégrer des salariés dans les équipes stables. Or cette stabilité nécessite des évolutions qui ne peuvent être financées. Seules les opérations de restructuration pourraient trouver de bons résultats si ces projets exposaient, comme la loi le demande, les conséquences de ces opérations sur les conditions de travail des agents. (pour approfondir la réponse voir ICI)

Le manque d’autonomie induit la présence soutenue des contrôles et des procédures en tout genre qui isolent le salarié et le cantonnent bien souvent dans des tâches inintéressantes. Il peut être traité par la suppression des contrôles et des cadres plus soucieux de la conformité des comportements que de la qualité du travail fini. (pour approfondir la réponse voir ICI)

Les exigences émotionnelles et les conflits de valeur touchent directement la personne. L’impossibilité de réagir aux insolences, voire aux violences du public, l’obligation d’agir contre ses valeurs, ces deux dimensions intériorisent la souffrance qui se libère souvent en dehors du travail. La formation est une action de prévention tertiaire qui aide les agents à mieux supporter mais qui ne s’attaque en rien aux causes de cette violence ou à cette contrainte d’agir contre ses valeurs. (pour approfondir la réponse voir ICI)

La mauvaise qualité des rapports sociaux et des relations au travail est souvent la conséquence d’un management approximatif comme en atteste les propositions du rapport sur le bien-être et l’efficacité au travail . La prévention doit passer par une nouvelle approche de la centralité du travail et un abandon de trop nombreuses procédures de contrôles inutiles et freinant l’exécution du bon travail. (pour approfondir la réponse voir ICI)

Tous ces facteurs sont étroitement liés et la dégradation de l’un a forcément des répercussions négatives sur les autres. »

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[1] Denis Garnier, assistant national de FO santé, formateur, auteur…

1 comment for “PAR QUEL BOUT PRENDRE LES RISQUES PSYCHOSOCIAUX ?

  1. VASSY Isabelle
    16 août 2015 at 11 h 16 min

    Bonjour Denis,
    Je te remercie très sincèrement pour cet article.
    Merci d’avoir su Expliquer parfois, l’inexplicable du métier des soignants.
    Je demande à tous les camarades d’informer, d’afficher et de dialoguer sur cet article.

    Pour Prévenir le BURN OUT chez les soignants, il est essentiel d’ouvrir le débat autour de la table, avec les salariés et les cadres !
    Verbaliser, partager ensemble

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