Travail en 12 heures à l’hôpital : Les médecins du travail s’inquiètent

12h12

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Le 3 novembre, le groupe sur le travail en 12 heures s’est réuni au ministère pour la 2ème fois. Au cours de cette séance un représentant de l’Association Nationale des Médecins du Travail Hospitaliers (ANMTEPH) a présenté le résultat d’une enquête menée dans 37 établissements et représentant près de 110 000 agents hospitaliers.

Après avoir présenté les effets sur la santé (voir sous l’article), le résultat de leur enquête ils exposent un certain nombre de propositions qui méritent d’être rapportées ici car elles rejoignent, en les complétant, celles proposées par l’Institut National de Recherche et de Sécurité, l’INRS.

 

D’abord, des CONSTATS :

Les médecins du travail constatent qu’aucun service ne semble à l’heure actuelle échapper aux 12H. Ils sont inquiets, devant la poussée des horaires en 12H alternants jours et nuits, les plus défavorables pour la santé ; devant l’accélération de la mise en place des 12 heures ; quand le % d’effectif en 12H commence à dépasser 30 % (marges de manœuvre réduites)

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Les recommandations des médecins du travail :

Sur l’organisation générale du travail

Ils recommandent de ne pas mettre en œuvre les 12 heures dans les services à activité régulière et intense, dans les services accueillant des patients déments ou dans les services à faibles effectifs.

Ils déconseillent aussi les horaires en 12 heures par roulement jour/nuit et que le volontariat strict pour les horaires de nuit est la meilleure réponse.

Sur les plannings,

Ils invitent les établissements à rechercher les plannings les plus satisfaisants pour les personnels par tests et par évaluation ensuite. Mais le respect absolu de ces derniers restent une priorité avec un maximum de 2 jours de travail consécutifs suivi de 2 repos minimum. Enfin, ils estiment que les services concernés ne doivent pas proposer que les 12 heures.

Sur les pauses,

Le débat doit avoir lieu sur des pauses réelles et organisées dans des lieux confortables, adaptés permettant d’organiser de courtes siestes. Ils estiment aussi que la distribution de repas (payant) devrait être organisée.

Sur l’organisation des temps d’échange

Pour les médecins du travail hospitaliers le maintien des relèves est indispensable pour le sens du travail en commun et la cohésion de l’équipe. Elles doivent de faire sur le temps de travail.

Les 12 heures imposent l’organisation régulière de réunions de service pour échanger sur les pratiques et retours d’expériences. Pour garder un lien fort avec l’institution ils recommandent des temps d’information sur les projets de l’établissement et ses évolutions.

Sur le maintien au travail des personnels fragilisés, ils recommandent de ne pas affecter ou retirer un agent d’un poste en 12 heures sans avis du médecin du travail.

Enfin, sur l’évaluation et le suivi, ils estiment indispensable d’évaluer et de suivre l’absentéisme maladie, en particulier le très court absentéisme et les CLM / CLD.

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Conclusion :

Pour les médecins du travail, l’organisation du travail en 12 heures est une affaire de compromis et doit prendre en compte la santé des personnels.

 

Commentaires FO :

Après la lecture de cette présentation, effectivement la question de la santé des personnels devient incontournable. La motivation des économies ne doit pas mettre en péril la santé des personnels ce qui, à la lecture de cette étude, est loin d’être démontré.

Quasiment aucun établissement ne respecte les préconisations des médecins du travail et donc, dans leur forme actuelle, l’organisation du travail en 12 heures s’avère dangereuse !

Rappelons que le directeur de l’établissement a une obligation de résultat pour éviter tout risque sur la santé des personnels. Mais le droit a t-il encore sa place à l’hôpital ? Le ministère semble peu pressé de le faire respecter.

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ANNEXE:

Effets sur la santé

  • Perturbation des rythmes biologiques
  • Augmentation du temps de réaction
  • Variabilité individuelle des conséquences médicales des perturbations des rythmes biologiques

Effets probables

  • Cancérogène probable (seins pratiquement certain, colon ?, prostate ?)
  • 3 hypothèses :
    • La suppression du pic nocturne de mélatonine due à l’exposition à la lumière
    • La perturbation du contrôle de la prolifération cellulaire due aux perturbations de la chronobiologie
    • L’immunodépression liée à la perturbation du sommeil
  • Facteur aggravant pour le cancer du sein si la durée de travail dépasse 4 ans et si ce travail se réalise avant la 1ère grossesse.

Effets constatés sur la santé :

  • Fatigue
  • Troubles du sommeil (quantité, qualité)
  • Troubles de l’humeur, anxiété, facteur favorisant la dépression
  • Troubles digestifs (prise de poids, ulcères)
  • Pathologies cardio-vasculaires (HTA liée aux troubles métaboliques et tabagisme)
  • Troubles métaboliques (Cholestérol, triglycérides liés à un régime alimentaire perturbé)

2 comments for “Travail en 12 heures à l’hôpital : Les médecins du travail s’inquiètent

  1. Hélène Faquet
    22 juillet 2015 at 13 h 51 min

    Bonjour
    Employée au chu de Nîmes depuis 1977, aide soignante depuis 1980,je travaille en nuit de 10h cela fait 20 ans( pour être présenté auprès de ma fille de 22ans) atteinte d’une ataxie cerebelleuse (fauteuil roulant)ce roulement de nuit ne me pause pas de problème mais je serai incapable de travailler 12h en jour.Du ménage à fond des chambres hospitalisations de jour et semaines nous est imposé…Je profite également de signaler même si ce n’est pas le sujet qu’après un passage de ma fille aux urgences j’ai du mal a accepter la mauvaise prise en charge déjà ressentie en tant que soignante et  » le pas de lits « annoncé avec une décontraction inacceptable…

  2. Hélène Faquet
    22 juillet 2015 at 13 h 27 min

    7 rue des frères Lumière

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