Avant j’étais « une PRO 12 heures » !

12h12Le 16 décembre se tient au ministère une nouvelle réunion avec les syndicats pour limiter et encadrer le travail en 12 heures là où il sévit. (Notre article sur nos propositions de prévention)

Pour illustrer cette envie de travailler moins souvent à l’hôpital, le témoignage que nous venons de recevoir d’une aide-soignante qui travaille en 12 heures au CHU de Nantes doit interroger tous les « intégristes » de cette forme d’organisation du travail. Il est temps de prévenir pour ne pas avoir à guérir !

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12h : Le constat (amer) d’une aide-soignante

Avant j’étais POUR ! Mais c’était avant ! Je dirais même que j’étais « une PRO 12 heures ». Sur ce projet, j’ai même été « moteur » au sein de l’équipe et dans sa mise en place dans le service… Après l’euphorie du OUI qui l’a emporté et la mise en place de cette nouvelle organisation de travail, très rapidement j’ai commencé à désenchanter et surtout à me sentir de plus en plus mal dans mon travail. Au fur et à mesure que les mois passaient, je rencontrais des difficultés à bien des niveaux…

Pour commencer, nos 12 heures n’ont été finalement payées que 11 h 30 alors que nous assurons un travail non-stop sur cette amplitude de travail. Nos pauses déjeuners peuvent être interrompues plusieurs fois pour un appel malade, pour une urgence, pour servir un plateau, pour accueillir un patient, pour…etc. Notre charge de travail est devenue de plus en plus importante avec de moins en moins de personnel. Les journées qui nécessitent des efforts physiques importants peuvent être particulièrement difficiles. Cette organisation est particulièrement délétère pour nous.

Lorsqu’il y a un arrêt, nous travaillons régulièrement en sous-effectif. Un de moins sur 12 h, c’est un de moins sur le travail du matin et un de moins sur le travail de l’après-midi ! Je vous laisse imaginer la fin de journée … Je dirais même que l’absentéisme a augmenté.

Finalement quand (par chance !!!) la suppléance vient remplacer un arrêt de nuit, on nous demande de rallonger notre journée d’une heure supplémentaire car les horaires (suppléance équipe jour en 12h) ne se chevauchent pas. Nous faisons donc 13 heures et plus parfois.

Depuis le passage en 12 heures, j’ai commencé à avoir des troubles du sommeil, des troubles nerveux, d’irritabilité, de fatigue, etc. Physiquement j’ai commencé à avoir des problèmes de dos, d’épaule, des cervicalgies, des migraines. Mes trajets de retour après ma journée sont devenus difficiles, parfois dangereux, je dirais même que je conduis en état hypnotique !!! Une fois rentrée chez moi, je suis tout juste disponible pour ma famille, une petite demi-heure, après je ne peux plus rien entendre, rien gérer… Stop, trop c’est trop …

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Avant de VOTER OUI, j’avais pensé :

Moins de week-ends, moins de trajets, moins de jours de travail, et plus de repos à la maison…

J’avais pensé : Meilleure conciliation du travail avec la vie personnelle et familiale.

J’avais pensé : Meilleure prise en charge des patients sur une plus grande amplitude horaire me donnant la possibilité de personnaliser davantage mes soins…

Aujourd’hui, je ne vois plus cela, je ne vois que les difficultés auxquelles les 12h m’ont confrontée. Je ne vois que les dysfonctionnements de ces 12 heures. Leur mise en place n’a fait que dégrader mes conditions de travail. Je suis en souffrance dans mon travail. Je me demande même combien de temps je vais pouvoir tenir.

 

ERRARE HUMANUM EST, PERSEVERARE DIABOLICUM !

(l’erreur est humaine, mais persévérer est diabolique )

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1 comment for “Avant j’étais « une PRO 12 heures » !

  1. lucas
    18 janvier 2016 at 9 h 17 min

    je viens de lire la souffrance de la collégue , j’admets avoir travaillé de nuit en 12 dans un service médecine lourd , avec 30 patients et un aide soignant , j’ai tenu 6 mois car je voulais ne pas encombrer mes cadres en posant les récupérations de mes heures supp , grossière erreur , j’ai fini à genoux !!! désormais je suis en 12h en service de réanimation et n’ai que 4 lits , je recupére mes heures supp travaillées et je m’y retrouve parce que j’ai arreté de stresser , de me dire que je ne pourrais pas être super pour mes soins , je me sens mieux qu’avant quand je me faisais des nuits de 10heures avec mes 30 patients et mon aide soignants pour faire multiples surveillances, soins paramédicaux , nursing , gérer les entrées de la nuit , les urgences aussi auprès d’un patient qui décompense ,mais pour me sentir heureuse et épanouie dans mon travail j’avoue avoir vécu 6 mois de faisant fonction cadre de nuit alors là avec des horaires défrayants les chroniques et un travail non stop à gérer jour et nuit ,je suis heureuse vraiment dans mon service de réa avec mes 4 patients et je gére mon travail avec beaucoup de temps , de plaisir , à la maison ma famille ayant vécu le stade de la faisant foncion cadre on cru me perdre et savent combien les nuits sont longues donc ils se sont adaptés et cela me va bien , j’ai certainement une fatigue chronique mais je suis vraiment heureuse de gérer mon service et ce toujours le baume au coeur

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