L’hôpital public : le choix du progrès !

hopital-triompheChristine est aide soignante depuis 20 ans dans un service de médecine gériatrique à l’hôpital. Jamais, elle n’a connu de conditions de travail aussi dégradées. Dans son service, les patients sont régulièrement confrontés à un défaut de prise en charge dû à l’insuffisance d’infirmiers et d’aides-soignants. Les patients (personnes âgées) sont alimentés en 4 minutes avec des repas souvent mixés. Leurs toilettes sont effectuées en 7 minutes. Ce qui pourrait s’apparenter à de la maltraitance institutionnelle et insidieuse qui ne cesse de croître. L’ensemble des personnels (paramédicaux et médicaux) ne veulent pas la cautionner. Cet exemple n’est pas rare. Malheureusement, il est de plus en plus courant de voir des plans de retour à l’équilibre provoquer ce qui est pudiquement appelé des procédures dégradées. (On ne peut plus offrir de la qualité alors on assure la sécurité)

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Des soins ou du confort ?

Aujourd’hui, certaines directions affirment que les personnes âgées n’ont pas toutes besoin d’une toilette par jour, arguant leurs habitudes de vie, (chez eux ils ne se douchent pas tous les jours, alors…) et que tout est question d’organisation. Pourtant, ce sont bien les directions qui sont chargées de l’organisation non !!? Dans le même temps, le corps médical maintient que l’hôpital public doit au minimum proposer ce soin de base à chacun.

Ce hiatus entre l’administration et le médical est aujourd’hui monnaie courante. La crainte des soignants de voir leur diplôme remis en cause pour faute professionnelle est quotidienne. L’inadéquation des effectifs en fonction de la charge de travail, signifie l’abandon pur et simple de certains soins, de certains gestes, de certains regards !

Nos dirigeants, devraient aujourd’hui, en corollaire à leurs orientations politiques, indiquer aux personnels soignants quels sont les types de malades qu’il ne faudrait plus prendre en charge ? Quels sont les soins qu’ils ne devraient plus dispenser ? En d’autres terme, mettre de la transparence sur le niveau et la qualité des soins qu’ils souhaitent pour les français.

Qui peut croire, aujourd’hui, que cette politique, c’est la politique du « mieux soigner »! ? C’est tout le contraire ! La politique du pire.

Se sont 100 000 lits supprimés en 20 ans avec pour principale conséquence visible l’engorgement des urgences. Dans le même temps, la population augmente et vieillit.  La « maltraitance institutionnelle » ne cesse d’augmenter faute de personnel et de moyens, dans l’indifférence la plus totale de certaines de nos « élites ». L’enjeu est pourtant de taille : en 2050, un français sur trois aura plus de 60 ans. Les besoins de santé seront de plus en plus importants.

La vraie question est de savoir quelle santé pour demain ?

La santé est un investissement pour le pays, un vecteur de progrès. Sous prétexte de choix politiques, opérer des réductions importantes dans son financement nuira à court moyen et long terme sur la qualité, et sur l’offre de soins. L’accès aux soins ne sera plus républicain et égalitaire.

Il y a 70 ans, la France à la sortie d’un grand conflit, exsangue, décidait, dans un élan de solidarité, dans un élan d’équité, dans un élan d’universalité, de protéger d’abord les plus pauvres et les malades, du berceau jusqu’à la tombe en créant la sécurité sociale.

Aujourd’hui, nous avons l’un des systèmes de protection sociale les plus protecteurs du monde et qui permet d’amortir les effets des crises sur les plus faibles. Pour rappel, 72 % de la population mondiale n’a pas de système de protection sociale !

Encore en 2016 et plus que jamais, il nous faut défendre cette solidarité afin que notre système de soins soit un modèle de santé et non d’indignité.

En somme, il faut convaincre nos « élites » de faire le choix du progrès.

 

 

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4 comments for “L’hôpital public : le choix du progrès !

  1. 3 juin 2016 at 15 h 50 min

    Article intéressant, c’est pour cela que plusieurs personnes privilégient les institutions privées de santé.

  2. boutinon
    1 juin 2016 at 11 h 05 min

    Patrick,

    oui, c’est un article intéressant qui se rajoute aux autres. J’espère que le cadre veille à la rédaction des fiches d’évènements indésirables car on parle bien de çà il me semble.
    Un exemple récent : résultat d’un bilan COVIRIS des EI dans un CH.

    Sur 1800 EI déclarés sur l’année, 900 concernent des chutes, 400 concernent des identifications dans les labos, moins de 200 concernent les services de soins, 300 la logistique et l’hôtellerie.

    Aucun bilan EI n’est présenté concernant les infections nosocomiales.

    2OO EI dans les services de soin = 1,8 EI par jour. C’est ridicule, voire affligeant..

    Ce bilan est adressé à l’ARS.Vu de l’ARS tout va bien.

    Donc, pour résumer, tant que les personnels ne rempliront pas les fiches d’évènements indésirables notamment ceux qui sont liés à l’organisation des services de soins qui incluent les procédures dégradées, l’administration n’a aucune raison de se formaliser. Tout va bien.

    L’absentéisme lié aux mauvaises conditions de travail continuera à augmenter…..

  3. Cadre en EHPAD
    23 mai 2016 at 11 h 38 min

    Bonjour

    Merci pour cette description réaliste mais n’oublions pas les cadres de santé en sous sous effectifs (en EHPAD) qui doivent gérer cette pénurie coûte que coûte et qui sont obligés de « jouer » avec des plannings qui mettent à mal leurs valeurs. Les cadres eux sont entre l’enclume et le marteau… Marteau qui est une fois leur hiérarchie, une fois les familles des résidents et aussi leurs collaborateurs qui peuvent être aussi maltraitants sans que l’institution ne soit maltraitante.

    • Garnier
      26 mai 2016 at 7 h 14 min

      Oui les cadres sont entre le marteau et l’enclume comme certains DRH, ou même certains directeurs qui font l’objet d’injonction par les directeurs d’ARS pour que les comptes priment sur toutes autres considérations. Tout le monde est sous pression et dans ces conditions le travail ne peut plus être de qualité. C’est pourquoi des tensions existent à tous les niveaux et que les cadres, comme les autres, ne peuvent plus faire leur travail correctement et en particulier celui de réguler les équipes. Par contre juste un mot de conclusion pour vous dire qu’à l’hôpital il n’y a pas de « collaborateurs » mais des agents qui sont majoritairement fonctionnaires hospitaliers.

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