Manche : Quand le syndicat FO des Hospitaliers de Cherbourg rencontre le 1er Ministre

 

A la demande de FO, une réunion s’est tenue le 23 mars dernier à la sous-préfecture de Cherbourg en Cotentin avec le Premier Ministre Bernard CAZENEUVE, les élus locaux, le Préfet, la directrice de l’ARS et le directeur du CHPC.

La délégation FO a dressé un tableau sans concession de la situation financière préoccupante de l’hôpital public qui doit assurer les soins hospitaliers des 200.000 habitants d’un territoire accueillant 4 installations nucléaires.

FO a rappelé qu’à la demande des élus un diagnostic détaillé avait été établi par l’IGAS en 2014-2015, et que l’ensemble des recommandations du rapport ont été mises en oeuvre. Cependant FO a dénoncé la dégradation de la situation qui en a résulté.

Par exemple il y a l’équivalent de 300 agents à temps plein en arrêt de travail ou maladie professionnelle sur 2200 (triste record), soit 70 de plus depuis les restructurations et leur centaine de suppressions de postes.

FO a relevé que ça coûte plusieurs millions d’euros par an et accroît notablement le déficit.

Le Premier Ministre a annoncé des mesures qui ont été accueillies positivement par FO :

abandon des 60 suppressions équivalents-temps-plein

– les financements pérennes pour combler le déficit du Smur et du Centre de soins non programmés de Valognes (810 K€/an)

– augmentation du nombre de titularisations (déprécarisation).

 

De plus le Premier Ministre a acté la nécessité de tenir compte des spécificités de cet hôpital (presqu’île, Centre-ville, 2 sites, nucléaire etc.) afin d’obtenir les aides exceptionnelles indispensables.

FO considère que cette réunion a été constructive et a permis que les élus locaux et les autorités soient

pleinement informés de la situation. FO attend maintenant que l’ARS et la Direction mettent en oeuvre la nouvelle feuille de route ainsi tracée.

 

Un bilan lourd à supporter pour les hospitaliers de Cherbourg :

Description de la situation par Sandrine Gamblin (secrétaire FO du CH de Cherbourg)

 

« La situation financière de notre établissement est désastreuse et intenable, de nombreux efforts ont été consentis et le seront sûrement encore. La population du Nord-Cotentin ne peut pas se passer de notre hôpital quand on sait que le plus proche se trouve à 1h de route. »

Voici le constat :

Redimensionnement capacitaire de l’établissement afin de répondre aux missions qui sont les siennes (population de 200 000 Habitants)

On est passé de plus de 1000 lits en 2013 à 886 lits en 2015 suite aux recommandations de l’ANAP

Ces suppressions de lits ont des conséquences, tout particulièrement l’hiver :

  • Engorgement des urgences
  • Patients placés dans les services sans lien avec leur pathologie
  • Retard dans la prise en charge thérapeutique
  • Ouverture dans l’Urgence d’UTH (Unité Temporaire d’Hospitalisation) : Unités qui sont peu « rentables » et fonctionnent avec du personnel intérimaire. Cela provoque un déficit supplémentaire.

« Cependant, ces réorganisations n’ont pas été sans conséquence sur la charge et l’organisation du travail car nous constatons une forte augmentation de l’absentéisme :

  • En 2010 18 jours d’absence par agent par an
  • En 2016 29 jours d’absence par agent par an

Ce sont les arrêts simples et les accidents de travail qui ont augmenté, les congés maternité ont baissé. L’IGAS avait pointé un taux d’accident de travail et maladie professionnelle supérieur au taux national.

Si un réel travail était effectué sur l’absentéisme et la qualité de vie au travail, cela permettrait de retrouver les chiffres de 2012, l’établissement économiserait l’équivalent de 70 ETP en remplacement !

Si on se réfère aux maquettes organisationnelles, il est préconisé :

  • 1 IDE pour 15 Patients en journée
  • 1 IDE pour 30 patients la nuit

La conception architecturale de notre établissement ne permet pas toujours de créer un secteur de 15 lits sans ascenseur, couloir ou réserve au milieu !

La structure de notre établissement ne nous permet pas un travail d’entraide inter-service sans mettre en danger les patients. La forme convexe de notre établissement augmente les maladies professionnelles pour nos collègues (tendinite, lombalgies), la longueur des couloirs et les services prestataires ne sont pas au centre de l’établissement.

Un hôpital sur endetté :

 

 

 

«Les efforts ont été consentis, des aides ont été accordées, il y a une reprise d’activité, mais la situation financière reste catastrophique, nous ne pouvons pas imposer des efforts supplémentaires aux agents sans mettre en péril la santé de la population et aggraver le taux d’absentéisme déjà gravissime du CHPC. »

De plus, il est nécessaire pour l’établissement de continuer ses investissements DPI (Dossier Patient Informatisé), les logiciels réglementaires, les travaux lors des réorganisations, maintien en état de nos installations et de l’équipement biomédical (vétusté de nos équipements estimée à 90% en 2015).

L’IGAS soulignait qu’il était nécessaire de recomposer l’offre de soins et coopérer avec la polyclinique, c’est fait.

« Mais surtout, comme le prévoit le PLFSS, il est nécessaire de faire reconnaître la nécessité du maintien de certaines activités médicales pour des raisons de services publics dans notre région qui est isolée.

Notre établissement a l’obligation de rendre service à la population dans un désert médical contrairement au secteur privé. Notre établissement est proche de plusieurs installations nucléaires avec la nécessité d’agents formés et de matériel, tout cela a un coût.

La construction de l’EPR et la collaboration avec l’Australie pour DCNS nous impose l’accueil et la prise en charge des ressortissants étrangers et leurs familles, nous nous devons d’être irréprochables ! »

 

Donner les moyens est une question de survie du service public hospitalier cherbourgeois !

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